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Kinshasa : Sept mois d’enfer pour avoir dépassé un général

DROITS HUMAINS. Un conducteur de tricycle, arrêté à Kimbanseke pour une banale priorité routière, ressort d’un cachot de la police dans un état de délabrement physique extrême. Sans procès, sans droit, l’arbitraire au grand jour.

C’est une silhouette qui ne tient plus debout, un corps où la peau semble s’être collée douloureusement aux os, stigmate d’une incarcération qui défie toute logique juridique. À Kinshasa, l’histoire de ce « Wewa » (conducteur de moto à trois pneus) ressemble à un cauchemar bureaucratique et sécuritaire, le récit d’une vie broyée pour un simple coup d’accélérateur malencontreux.

Le crime de lèse-majesté

Tout commence à Mokali, dans la commune populaire de Kimbanseke. Notre homme circule au guidon de son engin quand son chemin croise celui d’une escorte officielle. Son tort ? Avoir osé dépasser le cortège d’un Général. Dans la capitale congolaise, où la route est souvent le théâtre d’une hiérarchie sociale brutale, l’acte est interprété comme un crime de lèse-majesté.

Interpellé manu militari, il disparaît dans les limbes du système sécuritaire. Pas de mandat, pas d’avocat, pas d’explication. La sentence tombe, informelle mais implacable : sept mois de détention dans un cachot de la police.

L’oubliette administrative

« Je n’ai jamais été jugé », témoigne-t-il aujourd’hui, d’une voix aussi fragile que son allure. Durant plus de 200 jours, le conducteur a découvert l’horreur des cellules de garde à vue qui se transforment en prisons de longue durée. Là où le temps s’arrête, là où la nutrition est une option et où le droit n’a plus droit de cité.

Cette affaire soulève une question brûlante : comment un citoyen peut-il être ainsi soustrait à la justice de son pays pendant plus d’un semestre pour une infraction routière imaginaire ? Le cas de ce Wewa illustre la persistance de « cachots » échappant au contrôle du parquet, où l’arbitraire de certains hauts gradés semble encore primer sur le Code de procédure pénale.

Un retour à la liberté, mais à quel prix ?

Libéré dans un état de santé alarmant, l’homme est le témoin vivant d’une dérive sécuritaire. S’il a retrouvé l’air libre, il a perdu sa force de travail et son intégrité physique. À Kimbanseke, l’émotion est vive, mais la peur de l’uniforme reste un frein puissant.

Alors que la République Démocratique du Congo clame sa volonté de réformer son appareil judiciaire, ce visage émacié vient rappeler l’urgence du chantier. Car derrière le « dépassement d’escorte », c’est bien le respect de la dignité humaine qui a été piétiné.

Salomon BIMANSHA

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