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L’Héritage d’un « Soldat du Peuple » : 25 ans après, l’ombre portée de Mzee

ÉDITORIAL. Le 16 janvier 2001, le Palais de Marbre à Kinshasa s’enfonçait dans le chaos. Vingt-cinq ans plus tard, la figure de Laurent-Désiré Kabila, le « tombeur » de Mobutu, continue de hanter et d’inspirer une République démocratique du Congo en quête de souveraineté.

Le souffle de la rupture

Lorsqu’il entre dans Kinshasa en mai 1997, après une marche éclair de sept mois entamée dans l’Est, celui que l’on surnomme affectueusement « Mzee » (le vieux, le sage en swahili) n’est pas qu’un rebelle triomphant. Il est l’incarnation d’une promesse : celle de la fin de trente-deux ans de kleptocratie mobutiste.

Pour les observateurs de l’époque, le contraste est saisissant. À l’opulence léonine du « Léopard » de Gbadolite, Kabila oppose un style austère, presque monacal, et un discours d’une raideur nationaliste qui surprend les chancelleries occidentales. Il ne veut pas seulement diriger le pays ; il veut le « libérer » de ses tuteurs extérieurs.

La grammaire de l’auto-prise en charge

Vingt-cinq ans après son assassinat par l’un de ses gardes du corps, que reste-t-il de l’ère Kabila père ? Plus qu’un bilan économique — forcément entravé par la « guerre d’agression » déclenchée dès 1998 — c’est une méthode qui survit dans l’inconscient collectif congolais.

  • Le refus des diktats : Kabila a théorisé l’effort de guerre intérieur et l’autosuffisance.
  • Le Service National : Cette volonté de transformer la jeunesse en force de production agricole et de reconstruction reste, aujourd’hui encore, un pilier ravivé par le pouvoir actuel.
  • La souveraineté brute : Il a été le premier à oser dire « non » aux partenaires traditionnels et aux voisins trop encombrants, quitte à s’isoler diplomatiquement.

« Ne jamais trahir le Congo. » — Cette ultime recommandation, devenue devise nationale, résume à elle seule l’héritage sacrificiel que les Congolais célèbrent chaque 16 janvier.

Une icône face à l’histoire

Certes, l’homme n’était pas sans zones d’ombre. Sa gestion du pouvoir fut marquée par une suspension des activités politiques et une méfiance viscérale envers une partie de la classe dirigeante. Mais dans un pays dont les richesses du sous-sol attisent toutes les convoitises, le souvenir de Mzee agit comme un bouclier moral.

Aujourd’hui, alors que l’Est du pays est à nouveau en proie à des turbulences sécuritaires majeures, la rhétorique de Laurent-Désiré Kabila résonne avec une actualité brûlante. Il n’est plus seulement un ancien président assassiné ; il est devenu le symbole de la résistance face à la balkanisation.

Vingt-cinq ans après les coups de feu fatals du Palais de Marbre, le Congo se souvient d’un homme qui, pour le meilleur et pour le pire, aura rendu aux Congolais le sentiment d’être maîtres chez eux.

Salomon BIMANSHA

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