
HOMMAGE. Ancien Directeur technique national et figure de proue du Daring Club Motema Pembe (DCMP), Joseph Mukeba Mulamba s’est éteint. Avec lui, c’est une encyclopédie du football africain qui se referme.
Le football congolais a perdu l’un de ses architectes les plus discrets, mais les plus influents. Joseph Mukeba Mulamba, nom indissociable des grandes heures du ballon rond au pays des Léopards, a tiré sa révérence, laissant derrière lui le souvenir d’un technicien hors pair dont la science du jeu n’avait d’égale que la rigueur morale.
L’âme du Daring
Pour les supporters du Daring Club Motema Pembe (DCMP), Mukeba était bien plus qu’un entraîneur. Il était le gardien du temple. Sous son magistère, les « Immaculés » ont connu des périodes de gloire où le jeu n’était pas seulement une question de résultat, mais une esthétique. Adepte d’un football construit, intelligent et discipliné, il a marqué des générations de joueurs qui voyaient en lui une figure paternelle, mais exigeante.
Sa capacité à lire le jeu et à transformer des jeunes talents en internationaux confirmés a fait sa renommée bien au-delà des travées du stade Tata Raphaël. Il savait, d’un simple changement tactique, faire basculer un derby kinois, ce moment où la pression est telle que seuls les grands esprits gardent leur lucidité.
Le gardien du dogme : Le DTN
Mais c’est sans doute à la tête de la Direction Technique Nationale (DTN) de la Fecofa que Joseph Mukeba a le plus servi l’intérêt général. Loin des projecteurs des matchs de gala, il s’est attelé à la tâche ingrate mais vitale de la formation.
Il croyait fermement que le succès des Léopards ne pouvait être le fruit du hasard, mais celui d’une structure solide, d’une identité de jeu propre à la République démocratique du Congo. En tant que DTN, il a tenté de codifier ce football instinctif pour lui donner une base scientifique. Son bureau était un laboratoire où l’on disséquait les performances, où l’on formait les futurs cadres techniques du pays.
« On ne construit pas une équipe nationale sur du sable. Il faut des racines, de la discipline et une vision à dix ans. » — Un leitmotiv qu’il répétait à quiconque voulait l’entendre.
Une autorité morale
Joseph Mukeba Mulamba appartenait à cette catégorie de techniciens « à l’ancienne », pour qui le respect de l’arbitre, de l’adversaire et du public était sacré. Dans un milieu parfois pollué par les polémiques et l’instabilité, il restait une boussole. Son calme olympien sur le banc de touche cachait un bouillonnement intérieur, une passion dévorante pour ce sport qu’il a servi jusqu’à son dernier souffle.
Alors que le football congolais cherche aujourd’hui un nouveau souffle, la disparition de Mukeba agit comme un rappel : celui de l’importance de la transmission et de la formation.
Le stade ne résonnera plus de ses consignes précises, mais son héritage, lui, est bien vivant dans chaque contrôle de balle, chaque schéma tactique de ceux qu’il a formés. Adieu, Maître.
Salomon BIMANSHA
