
L’image est solennelle, presque anachronique dans une région où le bruit des bottes l’emporte souvent sur le murmure des diplomates. En recevant ce jeudi 29 janvier à la Cité de l’Union africaine un aréopage d’anciens chefs d’État, Félix Tshisekedi ne s’est pas contenté d’un exercice de protocole. Il a ouvert une nouvelle séquence : celle de la diplomatie des « Sages ».
Un poids politique pour briser l’inertie
La force de ce Panel réside dans son casting. En réunissant des figures comme Olusegun Obasanjo ou Mokgweetsi Masisi, l’Union africaine dépêche à Kinshasa une expérience cumulée de plusieurs décennies de gestion de crises africaines. Ce ne sont plus des envoyés spéciaux anonymes, mais des pairs — ou des aînés — qui parlent au Chef de l’État.
Leur mission est d’autant plus délicate qu’elle intervient six mois après leur désignation, dans un contexte où les processus de Luanda et de Nairobi semblent marquer le pas. L’objectif affiché est clair : remettre de l’humain dans une équation souvent réduite à des intérêts miniers ou sécuritaires. « Il y a des souffrances humaines qu’il faudrait arrêter », a rappelé avec justesse Mme Sahle-Work Zewde.
L’exigence congolaise : la paix, mais pas à n’importe quel prix
Face à cette artillerie diplomatique, le Président Tshisekedi reste sur sa ligne de crête. S’il a salué l’initiative, il a fermement rappelé que la volonté de vivre en paix avec ses voisins ne peut se faire au détriment de la souveraineté. Le message est limpide : la RDC respecte ses engagements, mais elle attend une réciprocité « durable et vérifiable ».
Les défis du Panel : entre écoute et action

Le succès de cette médiation dépendra de trois facteurs critiques :
- La capacité d’écoute : Le Panel a entamé une tournée pour « écouter les uns et les autres ». Reste à savoir si cette écoute sera suivie d’une pression réelle sur les parties prenantes.
- La coordination : Comment ce Panel va-t-il s’articuler avec les initiatives régionales déjà existantes pour éviter une « cacophonie diplomatique » ?
- L’urgence humanitaire : Comme l’a souligné la délégation, le temps diplomatique n’est pas celui des populations de l’Est qui subissent les affres du conflit depuis des décennies.
En réaffirmant son engagement pour la stabilité régionale, Félix Tshisekedi place le Panel face à ses responsabilités. Les « Sages » de l’UA ont désormais les cartes en main pour transformer ce dialogue de haut niveau en une paix concrète sur le terrain.
Salomon BIMANSHA
