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RDC : La main de l’ombre

Derrière le chaos économique, l’alliance toxique entre affairistes et politiques

ENQUÊTE. Des mines du Katanga aux commerces de gros de Kinshasa, une réalité brutale s’impose : l’exploitation de l’homme par l’homme ne se nourrit pas seulement d’ambition étrangère, mais d’une complicité interne, nichée au cœur du pouvoir. Enquête sur ces « parrains » congolais qui vendent leur souveraineté pour une poignée de dollars.


Le pacte du silence

À Kinshasa, tout le monde connaît les noms, mais personne ne les murmure trop haut. Qu’ils soient magnats libanais de l’import-export ou investisseurs indiens dans le secteur minier et industriel, leur impunité ne tient pas au hasard. Elle repose sur un système de « parrainage politique ».

Pour chaque infraction au droit du travail, chaque exonération fiscale douteuse ou chaque accaparement de terres, on trouve en coulisses un « Protecteur » : ministre, député ou général. Ce dernier ne se contente pas de fermer les yeux ; il monnaye son influence contre des commissions occultes, transformant l’appareil d’État en un simple comptoir de courtage.

L’argent n’a pas d’odeur, le social n’a plus de voix

Le mécanisme est d’une simplicité désolante :

  • La Protection Juridique : Lorsqu’un employé congolais est injustement licencié ou maltraité, l’inspection du travail devient soudainement aveugle dès qu’un coup de fil vient d’en haut.
  • Le Monopole de Fait : Grâce à des décrets signés à la hâte, certains opérateurs étrangers obtiennent des exclusivités qui étouffent l’entrepreneuriat local.
  • Le Rapatriement des Capitaux : Tandis que le petit peuple survit avec un franc déprécié, des millions de dollars fuient le pays sous le regard bienveillant de ceux censés contrôler les flux financiers.

« Le drame n’est pas que l’étranger cherche le profit, c’est que le dirigeant congolais ait fait du pays une zone de non-droit pour ses propres frères. » — Un observateur de la société civile à Goma.

Un système de « Vassalisation »

On aurait tort de ne voir que des victimes d’un côté et des bourreaux de l’autre. C’est une symbiose. L’homme politique « fort » a besoin de cash rapide pour financer ses campagnes, ses villas à l’étranger et son train de vie princier. L’homme d’affaires, lui, a besoin d’un bouclier contre la loi.

Ce n’est plus de l’économie, c’est de la prédation partagée. Le Congolais moyen, lui, se retrouve pris en étau entre un patronat qui le sous-paye et un État qui l’a abandonné pour une liasse de billets verts.

Le Verdict

Tant que la justice restera l’ombre portée du politique, le cycle continuera. Le problème n’est pas l’origine de l’investisseur, mais la malléabilité de celui qui est censé réguler. En RDC, la trahison est une marchandise qui se négocie en dollars, souvent au détriment de la dignité nationale.

Salomon BIMANSHA

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