
DÉCRYPTAGE. Une étude de la Fed de New York révèle que 90 % du coût des surtaxes douanières imposées par l’administration Trump est supporté par les entreprises et les ménages américains. L’inflation importée gagne du terrain.
C’était la promesse phare du candidat Trump, devenue le socle de la politique économique du président : faire payer l’étranger pour financer l’oncle Sam. Le slogan était séduisant, la réalité comptable est nettement plus brutale. Selon une étude retentissante de la Réserve fédérale (Fed) de New York publiée en ce début d’année 2026, le protectionnisme version XXL tourne au bras de fer coûteux pour le portefeuille des Américains.
Le mirage du « prix payé par l’exportateur »
L’argumentaire de la Maison-Blanche reposait sur un mécanisme simple, voire simpliste : en taxant les produits importés, les exportateurs étrangers (Chine en tête) seraient contraints de baisser leurs prix pour rester compétitifs, absorbant ainsi le choc fiscal.
Raté. Les chiffres de la Fed sont sans appel : les exportateurs étrangers n’ont quasiment pas bougé leurs tarifs. Résultat, ce sont les importateurs américains qui règlent la note. En 2025, près de 90 % du coût total de ces surtaxes a été supporté directement par les entreprises et les consommateurs des États-Unis. Pour les biens ciblés, les prix à l’importation ont bondi d’environ 11 %.
Une inflation sous surveillance
Si les caisses de l’État se remplissent — les recettes douanières affichant une hausse mécanique — la pilule est amère pour le consommateur. Certes, l’inflation globale reste pour l’instant contenue. Un miracle ? Pas tout à fait. L’étude souligne que l’impact a été temporairement amorti par les stocks massifs constitués par les entreprises avant l’entrée en vigueur des taxes.
Mais le répit pourrait être de courte durée. Le moral des ménages s’en ressent déjà : 60 % des consommateurs déclarent s’attendre à une nouvelle flambée des prix dans les mois à venir.
2026, l’année de vérité
Le vent de face ne devrait pas faiblir. Alors que les stocks de « pré-crise » s’épuisent, la politique commerciale de Donald Trump s’apprête à mordre plus durement dans le pouvoir d’achat en 2026. Pour Washington, le défi est désormais de transformer cet essai protectionniste en réindustrialisation réelle, avant que la grogne des consommateurs ne vienne polluer les ambitions politiques du Grand Old Party.
En attendant, le « milliardaire de Mar-a-Lago » a réussi une chose : faire des droits de douane un impôt national qui ne dit pas son nom.
Salomon BIMANSHA
