
ANALYSE. Ce 15 février, le parti présidentiel célèbre sa création. Entre mémoire des années de plomb et défis du pouvoir, la jeunesse de l’UDPS revendique l’ADN d’un combat qui a survécu à tous les régimes.
Par la rédaction
C’est une date qui, dans les travées de Limete, résonne comme un cri de ralliement. Le 15 février n’est pas un simple anniversaire pour l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) ; c’est le rappel d’une épopée politique née dans la clandestinité des « treize parlementaires » face à la toute-puissance du maréchal Mobutu. Quarante-quatre ans plus tard, alors que le parti occupe le sommet de l’État, l’heure est à la célébration d’une résilience que peu d’observateurs croyaient possible.
Le prix du sang et de la poussière
Pour la « jeunesse héritière », ce jubilé ne se fête pas dans l’amnésie. Le récit est celui d’un chemin de croix. Des geôles du régime Mobutu aux répressions brutales sous l’ère Kabila, l’UDPS a forgé son identité dans l’adversité. « Nous nous souvenons des heures douloureuses », confie un cadre de la ligue des jeunes. Exactions, arrestations arbitraires, tentatives de dédoublement du parti pour le vider de sa substance : le logiciel de survie de l’UDPS a été testé par le feu.
Au centre de cette mythologie nationale, la figure du « Sphinx », feu Étienne Tshisekedi wa Mulumba. Son ombre plane toujours sur les militants. C’est lui qui a érigé la non-violence en arme absolue, plaçant la jeunesse aux avant-postes de manifestations souvent réprimées dans le sang, mais jamais éteintes.
L’épreuve du pouvoir : entre idéaux et realpolitik
Le défi pour cette jeunesse est aujourd’hui de conjuguer le romantisme de la lutte avec les impératifs de la gestion de l’État. Si les cicatrices sont encore vives, le discours reste offensif. L’engagement envers la « haute autorité de référence », le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, se veut total.
Pourtant, le cahier des charges reste le même que celui de 1982 :
- L’instauration d’un État de droit effectif.
- La justice sociale, dans un pays où les attentes populaires sont immenses.
- L’ancrage de l’alternance démocratique comme norme et non comme exception.
Bâtir sur les cicatrices
« Vive l’avenir que nous bâtissons », lancent les partisans. Mais l’avenir, à Kinshasa, se construit sur un sol mouvant. L’enjeu pour l’UDPS est désormais de prouver que le « Peuple d’abord » n’est pas seulement un slogan de campagne, mais une réalité administrative.
Malgré les soubresauts politiques et les crises sécuritaires à l’Est, le parti de la 10ème rue veut croire que sa mue, de l’opposition radicale à l’exercice du pouvoir, est enfin achevée. Entre loyauté institutionnelle et ferveur militante, la jeunesse de l’UDPS se voit comme la gardienne du temple, celle qui doit transformer les sacrifices d’hier en progrès tangibles pour demain.
Salomon BIMANSHA
