
Pendant des années, le calvaire était quotidien. Pour tout voyageur passant par les aéroports de la République Démocratique du Congo, le parcours du combattant n’était pas tant sécuritaire qu’humain : tracasseries, sollicitations insistantes, « pourboires » forcés pour une simple manutention de bagages ou une formalité d’enregistrement. Des cris du peuple qui, inlassablement, se heurtaient au silence assourdissant des autorités compétentes.
Pourtant, ce 4 mars 2026, la Régie des Voies Aériennes (RVA) a brusquement brisé sa torpeur. Dans une note circulaire signée par son Directeur Général, Londole Lokoy Louis Blaise, l’institution impose une « interdiction formelle de toute remise ou sollicitation d’argent dans les aéroports ».
Le poids de l’uniforme étranger
Cette mesure, salutaire sur le papier, laisse un goût amer. Pourquoi maintenant ? Le hasard du calendrier est pour le moins troublant : cette décision survient au lendemain d’une intervention remarquée de l’ambassadeur du Japon. Coïncidence diplomatique ou aveu de faiblesse structurelle ?
Il est regrettable de constater, une fois de plus, que les doléances du peuple congolais – pourtant quotidiennement confronté à ces pratiques illicites – ne semblent porter aucune onde de choc dans les bureaux feutrés de Kinshasa. Il a fallu qu’une voix étrangère, celle d’un haut diplomate, s’émeuve de la situation pour que la RVA daigne enfin rappeler à ses agents qu’il est formellement interdit de « solliciter, exiger ou accepter de l’argent » auprès des passagers.
Une circulaire, et après ?
Sur la forme, la note est claire. Elle proscrit toute pression ou intimidation pour obtenir une rémunération indue et menace les contrevenants de sanctions disciplinaires, administratives, voire judiciaires. Le texte invite même les usagers à signaler tout acte de corruption aux autorités aéroportuaires.
Mais le citoyen congolais, échaudé par des années de promesses non tenues, reste sceptique. La loi existait déjà, mais son application était devenue une option. Si l’on ne peut que saluer le geste de Monsieur l’Ambassadeur du Japon, dont l’intervention a servi de catalyseur, il est grand temps que nos autorités apprennent à écouter leur propre peuple. Car la gouvernance ne devrait pas être une réaction aux pressions extérieures, mais une réponse permanente aux besoins et à la dignité de ses citoyens.
À Kinshasa, la lutte contre la corruption ne doit pas dépendre de l’agenda diplomatique, mais de la volonté politique. La RVA a fait un pas ; il reste maintenant tout le chemin à parcourir pour transformer cette note de service en une réalité tangible, sans avoir besoin, la prochaine fois, qu’un diplomate étranger nous montre la voie.
Salomon BIMANSHA
