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RDC : Le Couloir Vert Kivu-Kinshasa, la Société Civile impose ses conditions pour une « décolonisation » de la conservation

KINSHASA, OCTOBRE 2025 – La conservation de la nature en République Démocratique du Congo (RDC) est à un tournant. L’initiative du Couloir Vert Kivu-Kinshasa (CVKK), un projet ambitieux visant à concilier développement économique durable et préservation écologique, vient de faire l’objet d’une mise au point ferme et solennelle de la part de la société civile. Réunis en atelier national à Kinshasa les 7 et 9 octobre 2025, les acteurs non étatiques ont rappelé la nécessité d’une rupture avec les modèles passés : la gouvernance du CVKK se devra d’être « réellement inclusive » et s’inscrire dans le contexte mondial de réflexion sur la décolonisation des modèles de conservation.

Sous l’égide du Réseau pour l’Environnement et les Droits Humains (R-EDH), de la Fondation Virunga et de l’ICCN, l’atelier, ouvert par le Ministère de l’Environnement, a rassemblé une centaine de participants : délégués des communautés locales et peuples autochtones, chercheurs, scientifiques, partenaires techniques et financiers, et représentants de l’administration. Le message est clair : le CVKK doit être un levier de conservation fondée sur les droits, visant la croissance économique verte et la stabilité.

Gouvernance : le clip et les quotas pour les communautés

La déclaration finale, un document exigeant, adresse des recommandations précises à chaque catégorie d’acteurs. Les demandes adressées au Gouvernement (Primature, MEDD-NEC, ICCN, PPP) constituent la

la pierre angulaire d’une gestion repensée :

  • Dialogue Multi-Acteurs et Représentativité : La société civile exige la mise en place d’un cadre multi-acteur formel pour une gouvernance participative. Surtout, elle appelle à l’établissement d’une structure de gouvernance à tous les niveaux (local, provincial, national) assurant la représentativité de toutes les couches sociales – femme, jeune, autochtone pygmée – par un système de quotas.
  • Le CLIP, Condition Sine Qua Non : L’application effective du Consentement Libre, Informé et Préalable (CLIP) est érigée en condition obligatoire pour tout projet ou investissement dans le cadre du CVKK.
  • Économie et Rédevabilité : Il est demandé de promouvoir une gestion axée sur les droits, favorisant l’économie verte et la stabilité, et de garantir la redevabilité des structures de gouvernance à tous les échelons.
  • Mécanismes et Capitalisation : La feuille de route inclut la mise en place d’un plan de partage de bénéfices valorisant l’apport des communautés locales et autochtones, ainsi qu’un mécanisme de gestion des plaintes fonctionnel et contextualisé. Un point stratégique est soulevé : capitaliser sur les instruments existants comme les Concessions Forestières des Communautés Locale (CFCL) et les Aires et Patrimoine des Autochtones et Communautés locales (APAC).

La Société Civile et les Autochtones : Le CVKK, une Réserve Communautaire

Pour les communautés locales et peuples autochtones, l’enjeu est l’appropriation du corridor. Ils sont appelés à se mobiliser autour des initiatives du CVKK en tant qu’aire protégée à vocation de réserve communautaire.

L’intégration des savoirs est centrale. Ils devront exiger la prise en compte des savoirs traditionnels dans la mise en œuvre, tout en encadrant l’accès et l’utilisation de ces connaissances endogènes. C’est la reconnaissance et l’intégration des savoirs traditionnels dans le plan du CVKK qui est la condition d’une adhésion pérenne au projet.

De son côté, la Société Civile (OSC) se voit attribuer la mission de garantir la bonne gouvernance et la transparence. Elle doit élaborer une feuille de route claire, s’approprier l’initiative et surtout communiquer et vulgariser les outils juridiques et techniques mis en place, afin de prévenir les malentendus et conflits autour du CVKK.

L’Exigence des Partenaires : Financer l’Économie Verte

Les Partenaires Techniques et Financiers (PTF) et agences de coopération ne sont pas exempts d’obligations. Le rôle de bailleur doit être soumis à des exigences strictes :

  • Financement Vert : Les PTF doivent faciliter les financements de projets qui s’inscrivent explicitement dans le cadre de l’économie verte.
  • Sauvegardes Sociales : Il est impératif d’exiger le respect des sauvegardes socio-environnementales à tout projet ou investissement.

En conclusion, si le Couloir Vert Kivu-Kinshasa représente une opportunité historique pour la RDC de transformer son modèle de conservation et de développement, son succès repose sur la capacité de l’État à traduire ces exigences d’inclusion, de transparence et de décolonisation en actes concrets. L’atelier de Kinshasa a posé les jalons d’un nouveau contrat social et environnemental, dont la mise en œuvre sera observée à la loupe par tous les acteurs concernés.

Salomon BIMANSHA

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