Alors que Kinshasa fait face à des tensions politiques accrues et qu’une crise sécuritaire et humanitaire secoue l’Est du pays, la plateforme « L’Article 64 » (C64) a dressé un bilan sévère de la situation. Réunie à Rome, elle pose un ultimatum républicain : respect strict de la Loi fondamentale, rejet de toute velléité de modification constitutionnelle et appel urgent à un dialogue national inclusif.
Un pouvoir sous surveillance face au spectre du troisième mandat
Depuis sa création le 19 mai 2026, la coalition « L’Article 64 » (C64) ne désarme pas. Dans une déclaration percutante publiée depuis la capitale italienne, l’organisation dresse un constat alarmant de la situation politique, sécuritaire et humanitaire en République démocratique du Congo (RDC). Au cœur des crispations : la poursuite persistante du projet de changement constitutionnel et les risques accrus de balkanisation du pays.

La C64 dénonce avec force l’adoption, intervenue le 23 octobre 2026 après une nouvelle délibération de l’Assemblée nationale, du texte fixant les conditions d’organisation du référendum. Pour la plateforme, « une majorité parlementaire, quelle qu’elle soit, ne peut s’affranchir de la constitution ».
Elle rappelle un principe non négociable : aucune loi référendaire ne saurait contourner les verrous de l’article 220, en particulier ceux relatifs au nombre et à la durée des mandats présidentiels. « Aucune ambition personnelle, ni mission invoquée par Félix Tshisekedi et ses partisans, ne justifie la confiscation du pouvoir ou la remise en cause de l’alternance démocratique », martèle le communiqué, qui assène que la Loi fondamentale « doit être scrupuleusement respectée et appliquée », et non soumise aux désirs du moment.
Entre « coup d’État constitutionnel » et recours aux armes : double condamnation
Fidèle à l’esprit de l’article 64 — qui autorise le peuple congolais à faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou l’exerce en violation de la Constitution —, la coalition renvoie dos à dos les différentes menaces qui pèsent sur l’État de droit :
- Le pouvoir en place : Elle condamne ce qu’elle qualifie de « coup d’État constitutionnel », visant à détourner les institutions et les forces de sécurité pour se maintenir au-delà des limites légales, tout en rejetant tout report des élections prévues en 2028.
- Les mouvements armés : Elle condamne avec la même fermeté le recours aux armes pour conquérir le pouvoir ou s’y installer, réaffirmant son attachement indéfectible à l’intégrité territoriale de la RDC.
Pour un dialogue national inclusif et une sortie de crise diplomatique
Face à l’enlisement des combats et au péril humanitaire, la C64 l’affirme haut et fort : il n’y a pas d’issue militaire à la crise. Elle exige l’ouverture immédiate d’un dialogue national inclusif, sans exclusive, réunissant toutes les parties prenantes afin de convenir d’un calendrier rigoureux pour la paix et le respect des échéances électorales de 2028.
Sur le plan géopolitique, la plateforme appelle à la mise en œuvre de la résolution 2773, qui recommande notamment le retrait des troupes étrangères du territoire national. Elle insiste également pour que les engagements stratégiques issus de l’accord de Washington soient préservés, à condition qu’ils bénéficient réellement aux deux nations par le biais d’un climat des affaires assaini et d’une lutte acharnée contre la corruption.
Afin de coordonner ces efforts, la C64 exhorte à relancer la facilitation africaine menée par l’Angola et le Togo, sous la médiation de l’ECC-CINCO, pour arrimer les démarches locales aux dynamiques internationales.
Libertés publiques, arrestations et exigences de justice
La situation des droits humains et des libertés fondamentales occupe une place centrale dans le mémorandum. La C64 exige une décrispation politique immédiate, matérialisée par :
- La cessation des arrestations arbitraires, des intimidations et des procès politiquement motivés.
- Le retour des exilés et la libération de toutes les personnes détenues pour leurs opinions ou engagements civiques, en citant nommément Marlène Vouvoux, Prince Epeingé et Stéphane Chissot.
- La stricte application de l’article 190 de la Constitution interdisant les milices privées, avec en point d’orgue une exigence ciblée : la dissolution de la milice du parti au pouvoir, la « Force du Progrès ».
En outre, la coalition réclame des enquêtes indépendantes — idéalement internationales — pour faire toute la lumière sur les violences et les violations enregistrées lors des manifestations des 12 juin et 15 septembre 2026, ainsi que sur l’assassinat de M. Lomboto.
Une initiative diplomatique de la dernière chance
Consciente de la gravité historique de l’heure, la C64 annonce une offensive diplomatique et politique à double volet :
- Rencontrer directement le président Félix Tshisekedi et le président honoraire Joseph Kabila, afin de dégager une solution purement congolaise à la crise et baliser le terrain d’un véritable dialogue national.
- Mener un plaidoyer actif auprès des partenaires internationaux de la RDC, pour qu’ils soutiennent une issue négociée, durable et fondée sur le respect de la Constitution et de la souveraineté nationale.
« Que Dieu bénisse la République démocratique du Congo », conclut le texte, scellé à Rome ce 27 octobre 2026, lançant un appel pressant au sursaut patriotique de l’ensemble des Congolais.
Théophile Tuakabiangana











