
Une initiative visant à renommer le Stade de la Kethule en l’honneur de Mohamed Ali et George Foreman suscite l’indignation. L’héritage d’un patrimoine congolais est au cœur de la controverse.
Kinshasa, RDC – Le Stade Tata Raphaël, lieu mythique de l’histoire sportive et culturelle congolaise, est au centre d’une vive polémique. Une proposition visant à rebaptiser l’enceinte en « Stade Mohamed Ali et Georges Foreman » — en référence au légendaire combat de boxe « Rumble in the Jungle » de 1974 — a soulevé une vague d’indignation et de protestation. Le débat dépasse le simple cadre du sport pour toucher à l’identité, au patrimoine et à la reconnaissance des figures nationales.
I. L’oubli du nom originel : Le « Tata » au cœur de l’histoire

Le Stade, connu internationalement sous le nom de Stade de la Kethule avant l’indépendance, a été rebaptisé Stade du 20 Mai, puis, plus récemment, Stade Tata Raphaël. Ce dernier nom rend hommage à l’Abbé Raphaël de la Kethule, une figure marquante, bien que parfois controversée, de l’histoire coloniale puis post-coloniale du pays.
Pour les détracteurs du projet de « double baptême », l’initiative est une nouvelle tentative d’effacer une partie de la mémoire locale au profit d’une mise en avant de l’événementiel international.
Le reproche principal : Pourquoi honorer deux icônes américaines, aussi grandes soient-elles, en marginalisant ou en faisant disparaître le nom d’une figure (Tata Raphaël) qui, elle, est intrinsèquement liée à l’histoire du lieu et à la nomenclature congolaise ?
La polémique rappelle que le « Rumble in the Jungle » fut un exploit sportif historique, mais sa dénomination actuelle symbolise un effort pour lier le stade à son passé local.
II. Un nom pour l’Histoire, deux icônes pour le marketing
Les promoteurs de l’idée justifient leur démarche par l’éclat mondial du match Ali vs Foreman, qui a fait de Kinshasa une capitale médiatique planétaire en 1974. Renommer le stade permettrait, selon eux, d’exploiter cette marque historique pour attirer des investissements, des touristes et des événements de prestige, en capitalisant sur un événement qui reste gravé dans la mémoire collective universelle.
Le Stade Mohamed Ali et Georges Foreman serait alors un puissant outil de marketing international. Mais pour beaucoup, l’argument est trop réducteur.
III. La résistance identitaire : Le « non » au profit de l’exotisme
La résistance à cette proposition est d’abord une question d’identité. L’idée de coupler les noms des deux boxeurs, aussi respectueux que soit leur héritage, est perçue comme un geste de soumission à la narration occidentale de l’événement.
Plusieurs voix s’élèvent pour dire que le Congo a déjà son panthéon de sportifs, de héros et de figures nationales à honorer. Pourquoi n’avoir pas, par exemple, baptisé le lieu du nom d’une légende sportive congolaise ?
La démarche est considérée comme une insulte à l’effort de revalorisation des icônes locales. Elle ouvre la voie à une question plus large sur le patrimoine congolais : faut-il privilégier la mémoire nationale ou le potentiel commercial international ?
En conclusion, la proposition de rebaptiser le Stade Tata Raphaël en l’honneur d’Ali et Foreman, aussi louable soit l’intention de rendre hommage, apparaît aux yeux de nombreux Congolais comme une menace à l’intégrité mémorielle du lieu. Les autorités devraient être interpellée pour s’assurer que toute décision de ce type soit prise après une consultation nationale et dans le respect du patrimoine. Le Stade doit rester, avant tout, un lieu qui raconte l’histoire du Congo.
Salomon BIMANSHA
