Le cinéma africain, souvent cantonné aux festivals spécialisés, s’offre un événement majeur. Le 12 décembre, Rumba Royale sortira sur les écrans d’Afrique francophone. Plus qu’un film, c’est une plongée historique, politique et musicale dans le creuset fiévreux de l’indépendance. Une œuvre qui pourrait bien redéfinir la place de la RDC dans le 7ème art continental, avec une surprise de taille au casting.
Le cinéma est-il prêt à s’emparer de la complexité de l’histoire congolaise ? La réponse semble être un « oui » retentissant avec l’annonce de la sortie de Rumba Royale. Annoncé avec fierté par l’un des acteurs principaux pour ce qui constitue son premier grand rôle, ce film est une production ambitieuse portée par les réalisateurs Yohane Dean Lengol et Hamed Mobasser. Mais l’excitation monte d’un cran avec la confirmation de la présence de l’icône de la musique congolaise, Fally Ipupa !

Léopoldville, la poudrière jazzy de 1959
Le synopsis est digne des meilleurs thrillers politiques et sociaux. L’action nous plonge en 1959, à Léopoldville (future Kinshasa), une ville vibrante mais minée par les tensions coloniales. Le cœur du récit bat au rythme du club « Le Rumba Royale », une institution où se croisent Congolais et Européens, masquant les clivages sociaux derrière les volutes de fumée et les accords de guitare.
Le photographe Daniel, dont l’objectif est habitué à immortaliser cette vie nocturne ambiguë, se retrouve au centre d’un drame intime et explosif : le meurtre de la femme qu’il aime.
C’est là que Rumba Royale transcende le simple polar. Le club n’est pas un décor, mais une métaphore de la société coloniale à l’aube du grand basculement.
- La Musique : Elle cache la duplicité. La Rumba, reine des nuits léopoldvilloises, est le vernis joyeux d’une oppression qui arrive à saturation.
- La Danse : Elle dissimule les regards. Sous l’ivresse du mouvement, les rancœurs s’accumulent, les alliances se nouent et les trahisons s’opèrent.
Alors que l’Indépendance approche à grands pas, la vérité sur ce meurtre menace de « tout faire exploser ». Le film promet ainsi d’interroger la violence dissimulée, la double morale de l’époque, et la difficile émancipation d’un peuple.
L’effet Fally Ipupa : Quand la star de la rumba entre en scène
L’annonce de la participation de Fally Ipupa ajoute une dimension exceptionnelle à Rumba Royale. Chanteur, auteur-compositeur et danseur de renom international, l’artiste, surnommé « Aigle », fait ses premiers pas significatifs sur grand écran. Sa présence est un atout majeur, capable d’attirer un public bien au-delà des cinéphiles traditionnels, notamment les millions de fans de rumba qui le suivent à travers le monde.
Son implication dans un film qui rend hommage à l’âge d’or de la rumba congolaise et à l’histoire de la RDC est un symbole fort. Fally Ipupa, figure contemporaine de cette musique, vient boucler la boucle avec ses prédécesseurs, ajoutant une légitimité artistique et populaire au projet. Son rôle reste encore mystérieux, mais nul doute qu’il saura apporter une présence charismatique à l’écran, mêlant son aura musicale à la dramaturgie historique.
L’Aigle prend son envol : Un pari de production
Ce projet s’inscrit dans une logique de « Film-Événement » pour le cinéma africain. La distribution en salle à travers l’Afrique francophone par Pathé BC Afrique marque une ambition de visibilité et d’audience rarement vue pour une production de cette ampleur, épaulée par Canal+ et un consortium de sociétés – Rodeo Chameleon, Tosala Films, Emotive Production, etc. – qui misent sur la qualité du scénario et l’urgence du propos.
En s’attaquant à l’année 1959, Rumba Royale ne se contente pas de divertir. Il offre une grille de lecture sur les blessures fondatrices de la RDC et, par extension, de nombreux pays africains. Il s’agit, enfin, de remettre la narrative historique aux mains des artistes congolais.
Préparez-vous : le 12 décembre, le cinéma congolais ne fera plus de la figuration. Il monte sur le ring avec un « Rumba Royale » qui s’annonce à la fois puissant, mélodieux et terriblement politique. L’aigle, visiblement, a choisi son heure pour planer au-dessus du continent, avec, à son bord, l’un des artistes les plus emblématiques de sa génération.
Salomon BIMANSHA
