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Diplomatie : Le Mali fait plier les États-Unis sur la question des visas

Bamako a remporté une victoire diplomatique éclair face à Washington en réagissant avec une célérité et une fermeté inattendues à l’instauration d’une caution de visa jugée punitive. L’application du principe de réciprocité a forcé les États-Unis à faire machine arrière en moins de deux semaines. Un bras de fer éclair, symptomatique des nouvelles relations de puissance en Afrique.

Bamako – C’est un épisode qui restera dans les annales de la diplomatie malienne. En l’espace de quelques jours, le gouvernement de transition, dirigé par les militaires, a réussi à faire annuler une mesure vexatoire imposée par les États-Unis.

Tout a commencé début octobre, lorsque Washington a annoncé l’inclusion du Mali dans son « Programme Pilote de Caution de Visa » (Visa Bond Pilot Program). Cette nouvelle disposition, censée prendre effet le 23 octobre, exigeait des citoyens maliens demandant un visa B-1/B-2 (tourisme ou affaires) de déposer une caution allant de 5 000 à 10 000 dollars (jusqu’à 15 000 dollars selon les premières annonces américaines). L’objectif affiché : garantir que les visiteurs quitteraient le territoire américain à l’expiration de leur visa, en s’appuyant sur des taux de dépassement de séjour jugés élevés.

Réciprocité : L’arme fatale de Bamako

Loin de se laisser dicter sa conduite, le ministère malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a réagi au quart de tour, dénonçant une décision « unilatérale » et en violation d’un accord bilatéral de 2005.

Le message, publié le 12 octobre, était sans équivoque : « En application du principe de réciprocité, le Mali a décidé d’instituer un programme de visa identique, imposant aux ressortissants américains les mêmes conditions et exigences que celles appliquées aux citoyens maliens. »

Dès le 13 octobre, tout citoyen américain souhaitant se rendre au Mali se voyait donc soumis à cette même caution de 5 000 à 10 000 dollars pour l’obtention de son visa. Le message du gouvernement de transition était clair : si les Maliens sont jugés « à risque » et doivent hypothéquer des sommes considérables, il en sera de même pour les Américains.

Washington recule

La riposte a été d’une efficacité redoutable. Le coût et la complexité d’une telle mesure pour les hommes d’affaires, les ONG, les diplomates ou les touristes américains désireux de se rendre au Mali sont apparus immédiatement. L’administration américaine, confrontée à l’imprévu d’un pays africain appliquant sans détour le droit international de la réciprocité, a été contrainte de faire machine arrière.

Le 23 octobre, jour même de l’entrée en vigueur initialement prévue de la mesure américaine, le Département d’État a discrètement mis à jour sa liste des pays concernés par le programme pilote. Le Mali en a été purement et simplement retiré.

Le bras de fer a duré à peine deux semaines, mais sa portée symbolique est immense. Il démontre la capacité des autorités de Bamako – malgré les tensions diplomatiques post-coup d’État et l’orientation stratégique vers de nouveaux partenaires – à défendre la souveraineté et la dignité de ses citoyens sur la scène internationale.

Si le Mali reste confronté à des défis majeurs, cette victoire sur le terrain diplomatique rappelle que, même face à la première puissance mondiale, l’application stricte du principe de réciprocité peut être une arme redoutable pour rééquilibrer les relations. D’autres pays africains, comme la Mauritanie, la Gambie ou la Tanzanie, qui restent, eux, soumis à ce programme pilote américain de caution de visa, observent désormais la stratégie malienne avec une attention particulière.

Salomon BIMANSHA

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