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La paix dans l’Est, le Rubicon de Kinshasa et le dilemme de Washington.

PAR NOTRE RÉDACTION

La diplomatie congolaise a haussé le ton. Par la voix de son ministre de la Communication, Patrick Muyaya, Kinshasa a posé une condition sine qua non et non négociable à toute désescalade durable dans l’Est : le retrait préalable des troupes rwandaises du territoire de la République Démocratique du Congo. « Le Président Tshisekedi ne peut pas aller signer la paix à Washington sans que les troupes rwandaises ne se retirent de notre territoire », a tranché M. Muyaya, liant explicitement la légitimité d’une initiative de paix internationale à la cessation de l’occupation militaire.

Cette déclaration, loin d’être une simple posture politique, est une affirmation de souveraineté et marque un tournant dans la gestion de la crise sécuritaire qui déchire le Kivu. En reliant un sommet diplomatique de haut niveau à Washington – symbole de la puissance pacificatrice occidentale – à l’impératif territorial, Kinshasa renvoie la balle dans le camp des médiateurs, notamment des États-Unis.

Le « préalable » congolais

Depuis des mois, la crise dans l’Est de la RDC est traitée à travers un prisme régional, fait d’accords de cessez-le-feu fragiles et de déploiements de forces régionales aux résultats mitigés. Or, la position exprimée par M. Muyaya recentre le débat sur l’enjeu fondamental pour la RDC : l’intégrité territoriale.

Pour le Président Félix Tshisekedi, se présenter à une table de négociation internationale sans avoir obtenu ce retrait serait perçu par une opinion publique exaspérée comme une capitulation, ou au moins un manque de fermeté. La pression intérieure est immense, et le chef de l’État ne peut se permettre d’écorner davantage sa légitimité en acceptant une « paix » qui ne serait qu’une formalisation d’une ingérence. Le retrait des forces étrangères devient ainsi le Rubicon que Kinshasa refuse de franchir sans garantie tangible.

Le dilemme de Washington

Ce refus de principe met Washington – qui a multiplié les efforts diplomatiques pour apaiser les tensions entre les deux capitales – face à un dilemme. Les États-Unis sont engagés dans une stratégie visant à stabiliser une région riche en minerais stratégiques et essentielle à la chaîne d’approvisionnement mondiale. Ils ont besoin de l’implication des deux parties pour aboutir à une solution.

En posant la condition du retrait avant toute signature, la RDC force Washington à choisir son rôle : celui de simple facilitateur d’une rencontre, ou celui de médiateur intransigeant capable d’exercer une pression suffisante sur Kigali pour obtenir l’acte de désengagement militaire exigé.

La déclaration de Patrick Muyaya clarifie une chose : la paix ne sera pas vendue au rabais. Si Washington veut organiser un sommet de la paix, il devra d’abord contribuer à faire respecter le droit international. La balle est dans le camp de ceux qui pensent que la seule solution passe par un accord global. Kinshasa vient de rappeler que l’ordre des facteurs compte, et que la souveraineté doit précéder la photo de famille.

Salomon BIMANSHA

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