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L’autoroute de la boue : la route Akula-Gemena, symbole d’un État absent

SUD UBANGI – Ce n’est plus une route, c’est un champ de bataille. Les 200 kilomètres qui relient Akula à Gemena, dans la province du Sud Ubangi, sont aujourd’hui l’illustration la plus éloquente de l’abandon des territoires par l’État central. Alors que Gemena est un pôle administratif et économique majeur, cette voie de communication essentielle est devenue un cauchemar logistique et humain.

Un délabrement structurel

Parcourir la distance entre Akula et Gemena relève désormais de l’exploit. Initialement prévue pour être une artère vitale, la route n’est plus qu’une succession de bourbiers géants et de ravins que les pluies torrentielles ont transformés en pièges mortels. Les véhicules, lorsqu’ils s’y aventurent, mettent non pas quelques heures, mais parfois plusieurs jours pour boucler le trajet. [Image de route en latérite très dégradée]

L’état de délabrement est qualifié par les transporteurs de « calamiteux » et de « honte nationale ». La latérite, mal compactée et jamais entretenue, a cédé face à l’érosion, laissant des nids-de-poule aux dimensions impressionnantes. Ces obstacles permanents engendrent des coûts de maintenance exorbitants pour les transporteurs, sans parler des pertes économiques dues à la rupture de la chaîne d’approvisionnement.

L’enclavement, une punition économique

L’impact de cette rupture d’infrastructure se répercute directement sur le quotidien des populations. Gemena, qui dépend de cette route pour l’acheminement de produits de première nécessité, voit ses marchés asphyxiés.

L’enclavement est une punition économique :

  1. Flambée des prix : Le coût et le risque du transport sont directement intégrés dans le prix final des marchandises. La nourriture, les médicaments et les matériaux de construction deviennent inabordables pour la majorité des habitants, alimentant la précarité.
  2. Isolement sanitaire : L’accès aux services de santé de Gemena est rendu presque impossible pour les populations d’Akula et des villages environnants, mettant en danger les malades et les femmes enceintes. L’urgence médicale est annulée par l’impraticabilité de la voie.
  3. Stagnation du commerce local : Les produits agricoles locaux restent bloqués, ne pouvant être acheminés vers les grands centres de consommation. Les agriculteurs perdent leurs récoltes et sont privés de revenus, minant tout espoir de développement rural.

La question lancinante de la gouvernance

Le drame de la route Akula-Gemena n’est pas uniquement technique, il est avant tout politique. Année après année, des promesses de réhabilitation sont faites, des fonds sont parfois alloués, mais le résultat reste le même : l’effondrement de l’infrastructure.

Ce cycle de la promesse non tenue soulève des questions fondamentales sur la gestion des deniers publics et la hiérarchie des priorités au niveau provincial et national. Comment justifier un tel abandon d’une voie essentielle, alors que les discours politiques mettent régulièrement en avant l’impératif de désenclavement et de relance économique ?

Pour les habitants du Sud Ubangi, cette route délabrée est plus qu’un problème logistique ; elle est le symbole amer d’une déconnexion entre le pouvoir central et les réalités du terrain. La réhabilitation de la route Akula-Gemena n’est pas une simple dépense d’infrastructure, c’est un acte de souveraineté et une preuve tangible de l’engagement de l’État envers ses citoyens. Tant que cette route restera une autoroute de la boue, l’État restera, dans l’esprit des populations, un acteur absent.

Salomon BIMANSHA

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