
Quand l’entente cordiale cède la place à la guerre des ego à Lubumbashi.
Au cœur de la ville de Lubumbashi, capitale économique de la République Démocratique du Congo et chef-lieu du Haut-Katanga, la Commune de Katuba est secouée par une crise de gouvernance. L’institution municipale, censée être le pilier de l’administration de proximité, est paralysée par une vive dispute opposant le bourgmestre titulaire, Mutangala Musodi, et son adjoint, Nyembwe Sangwa (nommés par ordonnance présidentielle en janvier 2023).
Cette discorde, qui dépasse largement les simples frictions administratives, révèle les tensions latentes et les luttes de pouvoir qui minent parfois les entités territoriales décentralisées (ETD) en RDC.
La Genèse du Conflit : Question de Prérogatives et de Pouvoir

Selon des sources concordantes au sein de la Mairie de Katuba, le différend puise ses racines dans une lecture divergente des attributions de chacun. Dans le système administratif congolais, le rôle de l’adjoint est d’assister le titulaire et d’assurer l’intérim en cas d’absence. Or, l’adjoint de Katuba, Nyembwe Sangwa, est accusé par son supérieur, Mutangala Musodi, d’empiéter sur ses prérogatives et de prendre des initiatives unilatérales, notamment dans la gestion des finances communales et la nomination de certains chefs de quartier ou de services.
De son côté, l’adjoint dénonce un excès de centralisation de la part du bourgmestre titulaire, qui, selon lui, ignorerait le principe de collaboration et chercherait à marginaliser son rôle, transformant la fonction d’adjoint en simple « figuration ». Ce bras de fer institutionnel a conduit à la multiplication des notes de service contradictoires et à un climat de méfiance délétère au sein de l’administration communale.
Les Conséquences : Une Commune à l’Arrêt
Pour la population de Katuba, ce conflit de leadership est loin d’être un spectacle anodin. Il a des conséquences directes et tangibles sur la gestion quotidienne de la commune :
- Paralysie Administrative : Les décisions importantes, nécessitant la signature conjointe ou l’aval des deux autorités, sont souvent bloquées. Les dossiers s’accumulent, ralentissant l’exécution des services publics essentiels.
- Désordre et Insalubrité : La commune de Katuba, à l’instar d’autres entités de Lubumbashi, fait face à des défis majeurs d’insalubrité. L’absence d’une direction unifiée et cohérente freine les opérations d’assainissement et la lutte contre le désordre urbain.
- Fragilisation de l’Autorité : La visibilité de cette discorde mine la crédibilité de l’institution. Les administrés ne savent plus qui écouter, et le personnel administratif est divisé en clans, rendant toute collaboration efficace impossible.
L’Appel à la Hiérarchie et la Réaction Attendue
Cette crise à Katuba s’inscrit dans un contexte plus large de tensions institutionnelles observées dans la province du Haut-Katanga, allant même jusqu’à la mairie de Lubumbashi et au gouvernorat provincial. Face à l’inertie de l’administration communale, la société civile et les forces vives de Katuba ont interpellé les autorités provinciales et nationales, notamment le Vice-Premier Ministre en charge de l’Intérieur, pour une intervention rapide.
L’enjeu est clair : rétablir l’autorité de l’État au niveau de la base et garantir le bon fonctionnement des services publics. La solution passe soit par une médiation ferme imposant une répartition claire des tâches et un retour à la cohésion, soit par une mesure disciplinaire forte, pouvant aller jusqu’à la révocation des animateurs incapables de travailler ensemble.
L’attente est grande. Le cas de Katuba est un test décisif pour la gouvernance décentralisée en RDC. Il rappelle que la stabilité institutionnelle, même à l’échelle communale, est la condition sine qua non pour le développement local et la satisfaction des besoins des populations.
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Salomon BIMANSHA
