
Coup de tonnerre protocolaire et historique à Kinshasa. Ce mardi, le président de la République, Félix Tshisekedi, a effectué une visite remarquée à l’exposition « Mobutu : une vie, un destin » au Musée national de Lingwala, marquant un geste fort de réconciliation mémorielle avec l’ancien dictateur. Un déplacement hautement symbolique qui vise à « réhabiliter et revisiter » la mémoire du Maréchal, au-delà de l’image de tyran. L’héritier du « Zaïre » n’est plus l’ennemi officiel de la République.

La Dépouille et le Destin : Une Réhabilitation par l’Image
Organisée par la famille du défunt président Mobutu Sese Seko, cette exposition se présente comme un contre-récit. Loin des condamnations et des leçons d’histoire tranchées, elle propose une plongée, largement idéalisée, dans les plus de trente années de règne.
Accompagné par Nzanga Mobutu, fils de l’ancien Chef de l’État et figure politique locale, Félix Tshisekedi a arpenté les allées du musée. Le parcours était jalonné d’une riche collection : photographies d’archives, objets personnels du Maréchal – de ses célèbres coiffes léopard à ses uniformes –, bustes et monnaies anciennes frappées à l’effigie du « Guide ».
Un « Symbole de l’unité » : Tshisekedi réécrit l’Histoire
L’apogée de cette visite réside dans le message laissé par le chef de l’État dans le livre d’or. Félix Tshisekedi ne s’est pas contenté d’une formule polie. Il a salué un « chapitre important de l’histoire nationale » et, surtout, a désigné Mobutu comme un « symbole de l’unité, de la souveraineté et des racines culturelles authentiques » de la République Démocratique du Congo.

Cette déclaration est loin d’être anodine. Elle opère une rupture nette avec la posture de ses prédécesseurs et, plus largement, avec la narration anti-mobutiste qui a longtemps servi de socle idéologique aux régimes post-1997. En le définissant comme un « symbole de l’unité », Tshisekedi intègre de fait l’ère Mobutu, dans toute sa complexité, au patrimoine historique légitime de la nation.
Geste Politique ou Nécessité Historique ?
Ce n’est pas la première fois que l’actuel président adresse des signaux à la mémoire de Mobutu. Le retour de sa dépouille au pays, en discussion depuis des années, reste un horizon possible. Ce mardi, l’ouverture officielle de l’exposition par le Président lui-même, est la manifestation la plus concrète de cette politique de « dédouanement » mémoriel.

Pour ses partisans, il s’agit d’une démarche de réconciliation nationale qui refuse la logique de l’effacement. Pour ses détracteurs, le geste est un habile calcul politique visant à capter une partie de l’héritage et de la nostalgie mobutiste, particulièrement vivace dans certaines régions. Quelle que soit l’interprétation, Félix Tshisekedi vient de poser un acte fort : il reconnaît publiquement que l’histoire du Congo ne peut être écrite qu’en incluant les chapitres, même les plus sombres, du « Maréchal ».
Salomon BIMANSHA
