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LA REDD EN RDC, UNE « ARNAQUE » À L’AFRICAINE ? LES DÉNONCIATIONS EXPLOSIVES DE JOSEPH BOBIA

Joseph Bobia Coordon BVGRN-ASBL

Depuis Copenhague en 2009, les mécanismes de Réduction des Émissions dues à la Déforestation et à la Dégradation des forêts (REDD+) sont censés sauver le Bassin du Congo. Pourtant, le Coordinateur National Joseph Bobia dénonce avec virulence un système à deux vitesses, détourné au profit d’une technocratie internationale. Voyages, salaires « colossaux » des experts étrangers et fonds gérés loin des communautés locales : la RDC, deuxième poumon vert du monde, serait-elle la dinde de la farce climatique ?

La colère monte au sein des acteurs de la société civile congolaise face à l’implémentation du programme REDD+ (Réduction des Émissions dues à la Déforestation et à la Dégradation des forêts). C’est le constat implacable et sans concession dressé par Joseph Bobia Bonkaw, Coordonnateur National d’une structure œuvrant pour les droits des communautés. Dans une analyse rétrospective percutante, Bobia démonte le mécanisme, pointant une inégalité systémique qui, selon lui, marginalise les véritables gardiens de la forêt.

La manne financière, entre bureaux et voyages

La première dénonciation de M. Bobia concerne la captation des bénéfices. Depuis le lancement des premières discussions à Copenhague en 2009, la REDD+ en RDC semble être devenue une machine à produire des réunions et des voyages pour « seuls Experts », c’est-à-dire une élite technique coupée du terrain.

« La REDD jusqu’à ce jour c’est : Autant de voyages, de réunions et d’apprentissages de seuls Experts alors que les grands experts de préservation des forêts (peuples autochtones et communautés locales/PACL) sont mis à l’écart, » assène-t-il.

L’écart salarial est au centre de l’indignation. M. Bobia dénonce les « salaires de 15 000 $ ou plus » des experts internationaux, souvent formés « dans le tas et auprès de nos ONG nationales », tandis que leurs homologues congolais, « supérieurs aux expatriés », atteignent à peine 2 000 $ ou 2 500 $, sans les avantages annexes. Un gouffre financier qui nourrit la frustration et mine la confiance dans le processus.

Les milliards qui n’arrivent jamais au sol

La critique la plus acerbe porte sur la gestion des fonds, notamment ceux octroyés par les bailleurs comme la Norvège et le Fonds d’Affectation Spéciale (CAFI – Initiative pour la Forêt de l’Afrique Centrale).

M. Bobia rappelle l’épisode des 250 millions de dollars octroyés en 2016, gérés par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Une gestion justifiée, à l’époque, par le manque de « capacités de gestion » des structures nationales.

Le résultat, selon lui, est amer : les évaluations de l’époque auraient révélé un pourcentage d’utilisation des fonds disproportionné pour « l’entretien des bureaux des Agences d’exécution » et les salaires, laissant une part infime aux projets concrets.

Face à cette « première loi » (LOI 1), les acteurs congolais avaient misé sur une « deuxième loi » (LOI 2, 2021-2025) plus ambitieuse, visant « un milliard l’an multiplié par 10 ans ». Pourtant, c’est le contrat de 500 millions de dollars de Glasgow qui a été signé, bien loin des attentes.

Aujourd’hui, l’opacité persiste : « Quelle est la consommation du fonds 500 millions de Glasgow ? Quelle est la centaine de projets sélectionnés ayant déjà bénéficié de ces fonds ? » s’interroge M. Bobia. Il pointe du doigt des initiatives inadaptées, citant l’exemple de palmiers nains introduits aux communautés de Mai-Ndombe, dont les champs sont aujourd’hui « jonchent les routes devenues des sentiers ».

Placer les PACL au centre, une urgence

Sans aller jusqu’à « emboîter le pas au Président Trump qui parle d’arnaque cette REDD », Joseph Bobia estime que l’approche actuelle rend les Peuples Autochtones et Communautés Locales (PACL) – les véritables remparts contre la déforestation – les « dindons » de ce mécanisme.

Pour lui, la solution réside dans une refondation complète des approches, depuis les principes établis à Rio en 1992, pour « mettre les PACL au centre de la REDD ».

Le plaidoyer de M. Bobia semble trouver un écho au sommet de l’État : il donne « un peu raison » à l’actuelle Ministre de l’Environnement, Marie Nyange Ndambo, qui a exigé que la RDC devienne membre du Comité d’administration ou de gestion de fonds CAFI. Une position qui, si elle se concrétise, pourrait être la première étape vers une reprise en main nationale des politiques et des fonds climatiques. L’enjeu est trop grand pour laisser perdurer ce déséquilibre.

Salomon BIMANSHA

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