
Devant des milliers de jeunes réunis au Palais du Peuple, l’archevêque de Kinshasa a livré ce dimanche un diagnostic vitriolé sur l’état de la capitale. Pour le prélat, l’insalubrité et le chaos urbain ne sont que les symptômes d’un mal plus profond : le détournement des deniers publics.
Le ton était grave, l’homélie avait des allures de tribune politique et sociale. Ce dimanche 23 novembre 2025, à l’occasion de la Journée diocésaine de la jeunesse, le cardinal Fridolin Ambongo a transformé l’hémicycle du Palais du Peuple en un tribunal de la conscience publique. Face à une jeunesse venue en masse, l’archevêque de Kinshasa n’a pas cherché à apaiser les esprits, mais à les réveiller, livrant une attaque frontale contre la gouvernance de la capitale.
La corruption, racine du mal kinois
Alors que Kinshasa suffoque, littéralement et figurativement, le prélat a refusé de s’en tenir aux constats d’usage sur la fatalité ou le manque de moyens. Pour lui, le lien de causalité est direct et brutal.
« Les maux dont souffre Kinshasa aujourd’hui — insalubrité, absence d’infrastructures, embouteillages monstres, inondations — ont tous leurs racines dans la corruption (…) et le détournement de deniers publics », a martelé le cardinal.
En pointant du doigt « l’impunité devenue presque ordinaire », Fridolin Ambongo brise l’omerta. Il déplace le débat de la gestion technique vers la faillite morale. Les inondations qui paralysent la ville et les opérations de démolition contestées qui secouent actuellement la cité ne sont pas, selon lui, des accidents de parcours, mais les fruits pourris d’une « irresponsabilité chronique » au sommet de l’État.
Un appel à la rupture pour la jeunesse
Mais ce discours au vitriol se voulait aussi programmatique. En s’adressant spécifiquement à la jeunesse, le cardinal Ambongo tente de créer un électrochoc. Dans un pays où la résignation guette une population épuisée par la lutte pour la survie quotidienne, l’Église catholique — seule institution capable de rivaliser avec l’État en termes d’influence — appelle à la résistance éthique.
Le cardinal a exhorté la « génération de demain » à refuser la « normalisation de la corruption ». Un appel à l’engagement citoyen qui résonne comme un avertissement pour le pouvoir en place : si les gestionnaires publics ont failli, la jeunesse, elle, est sommée de reprendre le flambeau pour reconstruire un pays « en perte de repères ».
Salomon BIMANSHA
