RDC : le dernier cri d’alarme de JED avant une « nouvelle ère »
22 novembre 2025
Dans son rapport annuel 2025, l’ONG Journaliste en Danger (JED) dresse un bilan accablant des « crimes de guerre » contre la presse. Un document testament, puisque l’organisation a annoncé, à la surprise générale, qu’il s’agissait de son ultime rapport annuel avant d’opérer un virage stratégique majeur.
C’est un document à la fois accablant et historique. Ce samedi 22 novembre 2025, l’ONG Journaliste en Danger (JED) a publié ce qui restera comme son tout dernier rapport annuel. Sous le titre évocateur de « Crimes de guerre contre la presse », l’organisation livre une radiographie glaçante d’un pays où informer est devenu une activité à haut risque, mais esquisse surtout les contours d’une mutation profonde de son action.
L’Est sous la coupe réglée du M23
Le bilan sécuritaire, cœur de ce dernier opus, est sans appel. La première charge cible la coalition AFC/M23. Dans les vastes zones passées sous le contrôle de la rébellion dans l’est du pays, la liberté de la presse n’est plus qu’un lointain souvenir. JED accuse formellement les insurgés de mener une politique de « menaces systématiques ».
Dans ces territoires, les journalistes n’ont que deux options : la soumission ou la fuite. Le rapport documente des cas précis d’intimidations, d’arrestations arbitraires et de menaces de mort. Pour l’ONG, ces agissements ne relèvent pas de simples bavures, mais constituent de véritables crimes de guerre visant à éteindre toute voix indépendante.
Kinshasa : la responsabilité partagée
Si la situation est critique dans l’Est, JED refuse, pour cette ultime édition, de dédouaner les autorités de Kinshasa. Loin d’être un sanctuaire, les zones sous contrôle gouvernemental sont épinglées pour une dérive autoritaire inquiétante.
L’organisation pointe du doigt de « multiples abus » : menaces, intimidations par les services de renseignements et pressions administratives étouffantes. Le constat est amer : « Tant le pouvoir central que les groupes armés portent une responsabilité directe dans la dégradation continue des conditions de travail ».
30 ans de « massacre silencieux »
Ce rapport 2025 marque la fin d’un cycle de surveillance de trois décennies. JED a profité de cette publication pour dévoiler le bilan global de son action (1994-2025). Les chiffres donnent le vertige :
30 journalistes tués dans l’exercice de leurs fonctions.
2 670 cas recensés de disparitions, détentions ou destructions de médias.
Ces statistiques font de la RDC l’un des environnements les plus hostiles du continent africain pour les médias.
La surprise du chef : un changement de paradigme
C’est cependant l’annonce faite par Tshivis Tshivuadi, l’emblématique secrétaire général de l’organisation, qui a marqué les esprits ce samedi. En présentant un prix prestigieux récemment reçu à Stockholm, récompensant le combat de l’ONG, il a lâché une « bombe » : il n’y aura plus de rapport annuel.
Pour Tshivis Tshivuadi, le temps est venu pour JED de prendre un « nouveau départ ». Après avoir comptabilisé les coups pendant trente ans, l’organisation entend désormais peser différemment sur le destin du pays.
« JED prendra de nouvelles orientations pour accompagner la résolution du conflit congolais et accompagner la paix », a déclaré le secrétaire général.
L’organisation souhaite sortir de la pure dénonciation pour devenir un acteur plus direct dans la construction de la paix, estimant sans doute que la sécurité des journalistes ne pourra être garantie que par la résolution des causes profondes de l’instabilité congolaise. Une page se tourne, une autre, plus politique et sociale, s’ouvre pour la défense de la presse en RDC.