
À l’approche de la signature d’un accord de paix très attendu entre Kinshasa et Kigali, un cri traverse une fois de plus les collines meurtries du Kivu. Celui de Denis Mukwege. Le médecin congolais, prix Nobel de la paix 2018 et ancien candidat à la présidence de la République démocratique du Congo, alerte : tandis que les projecteurs internationaux convergent vers Washington, les civils, eux, continuent de tomber sous les bombes dans l’Est de la RDC.
Une Paix Annoncée, une Guerre qui s’Intensifie
L’optimisme de la diplomatie internationale semble se heurter brutalement à la réalité du terrain. Dans une déclaration publiée mardi, le Dr Denis Mukwege dénonce une recrudescence alarmante des violences dans plusieurs zones du Sud-Kivu, et ce, malgré l’élan diplomatique censé être porteur d’espoir.
À Kaziba, Katogota ou encore Kamanyola, les affrontements entre groupes armés et forces engagées dans le conflit se sont multipliés ces derniers jours. Un bilan tragique qui contredit les narratifs de désescalade.
Selon la société civile de Kaziba, le massacre est froid : au moins vingt civils ont été tués le 2 décembre, parmi eux des femmes et des enfants. Le prix Nobel évoque une « immense souffrance », illustrée par des drames familiaux déchirants, comme celui de Nkungu, chef du village Ntumulo, qui a perdu quatre de ses enfants dans les bombardements. La realpolitik de Washington fait fi de l’horreur quotidienne du Kivu.
“Pas de Paix Sans Justice” : L’Exigence Éthique
Le Dr Mukwege, qui a mis sa candidature présidentielle en suspens pour dénoncer l’illégitimité du processus électoral, réaffirme sa position inébranlable : l’impunité est le moteur de la guerre.
Face à ces violences répétées, le médecin du célèbre hôpital de Panzi appelle de manière pressante à l’ouverture d’une enquête indépendante chargée d’identifier les auteurs des attaques et de garantir que de telles atrocités ne se reproduisent plus.
« Toute tentative de pacification restera illusoire si les responsables ne sont pas traduits en justice, » prévient l’homme, dont la vie entière est un combat pour la dignité des femmes victimes de la guerre.
Pour Mukwege, la stabilité régionale ne peut pas se construire sur un accord de façade qui occulte les crimes de masse.
🇺🇸 Washington Sous Tension Diplomatique
Ces mises en garde cinglantes interviennent alors même que les présidents Félix Tshisekedi (RDC) et Paul Kagame (Rwanda) doivent être reçus ce jeudi à Washington pour signer un accord. Les États-Unis présentent cette rencontre comme un pas décisif vers la désescalade dans la région des Grands Lacs.
Cependant, le fossé entre les espoirs diplomatiques et la réalité humanitaire est abyssal. Sur le terrain, la population continue d’attendre des résultats concrets, après des décennies de violences, de promesses brisées et de processus de paix avortés.
Le cri de Denis Mukwege, au-delà de sa stature de prix Nobel et de sa brève incursion en politique, résonne comme la conscience d’une nation qui refuse d’échanger la justice contre une paix provisoire et bancale.
Salomon BIMANSHA
