
Kinshasa – C’est une décision qui fait déjà grincer des dents dans les cercles du pouvoir, mais qui réjouit l’usager lambda excédé par le chaos routier. Le Vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, de la Sécurité, de la Décentralisation et des Affaires coutumières, a pris une mesure radicale visant à mettre fin à l’anarchie des cortèges officiels et non-officiels dans la capitale et, par extension, sur tout le territoire.
Dorénavant, l’usage des gyrophares, des feux multicolores et des sirènes est strictement interdit pour tous les officiels disposant d’un cortège. Une interdiction assortie d’une autre, non moins symbolique : la suspension des escortes policières et militaires pour toute personne qui ne disposerait pas de la qualité requise par la loi pour bénéficier d’une telle protection. L’ère de « l’homme d’État en vitesse » semble toucher à sa fin.
La République du « moi d’abord » mise à l’arrêt
Depuis des années, l’utilisation abusive et ostentatoire des dispositifs sonores et lumineux par les cortèges est devenue le symbole criant d’une élite coupée des réalités. Ministres, députés, mais aussi de nombreux acteurs économiques ou figures influentes, s’arrogeaient le droit de bafouer le Code de la route, créant embouteillages, accidents, et un sentiment d’impunité généralisé. Kinshasa, notamment, était devenue le théâtre quotidien de cette « République du moi d’abord », où le rang social se mesurait à la puissance des sirènes et à l’éclat des gyrophares.
Ce geste fort du VPM de l’Intérieur, dans la lignée des appels antérieurs à la discipline et à la restauration de l’autorité de l’État, vise à remettre de l’ordre sur la voie publique et à réaffirmer le principe que la loi doit être la même pour tous.
Note de l’Éditeur : La prolifération des cortèges et l’usage illégal de la sirène par des non-officiels (souvent des « faux officiels ») a toujours été un sujet de tension majeure. Cette décision met fin à une dérive sécuritaire et protocolaire qui alimentait l’idée d’une justice et d’une circulation « à géométrie variable ».
Qui a droit à quoi ? Le tri des « intouchables »
L’aspect le plus structurant de la décision réside peut-être dans la suspension des escortes pour les personnes ne disposant pas de la qualité requise.
- Le Président de la République et le Premier Ministre sont, par nature et fonction, les seuls à bénéficier d’un protocole complet et intangible.
- Les autres officiels, comme les ministres, les présidents des chambres du Parlement ou les hauts magistrats, verront désormais leur encadrement strictement encadré par les textes.
Cette mesure est un coup de balai dans le dispositif sécuritaire, souvent détourné. Les escortes militaires et policières, normalement dévolues à la protection des institutions et des personnes menacées, étaient trop souvent utilisées comme un simple symbole de prestige ou un brise-bouchons personnel. Le VPM entend ainsi redéployer ces forces vers leurs missions régaliennes, loin des caprices de l’élite.
L’épreuve du feu pour la Police de Circulation
La mise en application de cette nouvelle règle sera l’épreuve du feu pour la Police Nationale Congolaise (PNC), et en particulier la Police de Circulation Routière (PCR).
Les agents, souvent impuissants face à l’arrogance des officiels ou de leurs gardes du corps, devront faire preuve de fermeté et d’une impartialité sans faille. Il faudra désormais que le policier de Kinshasa puisse interpeller et sanctionner un haut fonctionnaire qui abuse de son pouvoir sur la route, sans craindre pour son poste ou sa sécurité.
C’est là que résidera la véritable révolution : transformer un ordre venu d’en haut en un changement de comportement pérenne sur le bitume congolais. Si cette mesure est maintenue et appliquée avec rigueur, elle pourrait marquer le début d’une discipline routière longtemps espérée et contribuer à rétablir le crédit de l’État aux yeux de ses citoyens.
La question reste ouverte : Le Vice-Premier ministre de l’Intérieur tiendra-t-il bon face à la pression de la nomenklatura ? L’avenir de la circulation dans la capitale en dépend.
Salomon BIMANSHA
