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RDC : Le « colis de fin d’année », ce pactole qui empoisonne les fêtes des travailleurs

ENQUÊTE. Tradition sacrée en République démocratique du Congo, le panier de Noël s’est transformé, au sein de nombreuses entreprises et administrations, en une redoutable machine à détourner les fonds. Entre surfacturations et produits frelatés, bienvenue dans la mafia du sac de riz..

À Kinshasa, dès la mi-décembre, une question hante les couloirs des ministères et les bureaux des grandes entreprises : « Et le colis ? » Ce qui devrait être un geste de reconnaissance patronale — un kit de survie festive composé de riz, d’huile, de poulets surgelés et de sucre — est devenu le théâtre d’une prédation organisée. Un business occulte où les commissions se négocient sous la table, bien loin de l’esprit de Noël.

La valse des surfacturations

Le mécanisme est désormais bien rodé. Dans de nombreuses structures, la gestion du « colis de fin d’année » est confiée à des commissions d’achat ou à des délégations syndicales parfois peu scrupuleuses. C’est là que le bât blesse. Pour un budget alloué de 300 dollars par employé, le travailleur ne reçoit bien souvent qu’une marchandise dont la valeur réelle sur le marché de gros n’excède pas les 80 dollars.

Où passe la différence ? Dans les poches des intermédiaires. Fournisseurs complices et responsables des achats s’entendent pour gonfler les factures. « On nous présente du riz de premier choix sur les bons de commande, mais on finit avec des sacs de brisure que même les poulets hésiteraient à manger », s’indigne un fonctionnaire sous couvert d’anonymat.

La « mafia du poulet » et des produits périmés

Le scandale ne s’arrête pas aux prix. La qualité, elle aussi, est sacrifiée sur l’autel du profit immédiat. Pour maximiser leurs marges, les réseaux mafieux n’hésitent pas à s’approvisionner en produits en fin de série ou, pire, dont la date de péremption est passée ou a été falsifiée.

Le « poulet de fin d’année », souvent importé dans des conditions de rupture de chaîne du froid, devient un risque sanitaire. Les témoignages de familles tombées malades après le réveillon se multiplient chaque année. Mais le travailleur congolais, dont le pouvoir d’achat est étranglé par l’inflation, n’a d’autre choix que d’accepter ce « cadeau » empoisonné. C’est la loi du silence : se plaindre, c’est risquer de ne rien avoir l’année suivante.

Un système de clientélisme institutionnalisé

Au-delà de l’aspect financier, cette gestion opaque renforce un clientélisme délétère. Les fournisseurs sont rarement choisis par appel d’offres transparent, mais par affinité politique ou familiale. Le « colis » devient alors une variable d’ajustement budgétaire, un moyen pour certains dirigeants de se constituer un treizième mois personnel sur le dos de milliers d’agents.

Pendant que les grands comptes se règlent en dollars dans les bureaux climatisés, les travailleurs, eux, attendent des heures sous le soleil de plomb devant les entrepôts pour récupérer des cartons de dindes douteuses. Une humiliation qui souligne la fracture sociale béante d’un pays où même la solidarité de fin d’année est devenue une marchandise comme une autre.

Salomon BIMANSHA

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