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Table ronde de Bruxelles : Trente jours pour inventer le Congo

Il y a 66 ans jour pour jour, le 20 janvier 1960, s’ouvrait au palais des Congrès de Bruxelles une conférence de la dernière chance. Un face-à-face historique entre une puissance coloniale dépassée et une élite congolaise unie par un mot d’ordre : l’indépendance immédiate.

L’Heure de Vérité

Ce que l’histoire retiendra sous le nom de « Table ronde de Bruxelles » n’est pas une simple réunion diplomatique, mais le séisme fondateur d’une nation. Durant un mois, du 20 janvier au 20 février 1960, la capitale belge devient le centre de gravité de l’Afrique. Autour de la table, deux camps que tout oppose mais que l’urgence réunit : les leaders politiques congolais, galvanisés, et les représentants du gouvernement belge, acculés par l’histoire.

L’enjeu est colossal : il s’agit de dessiner les contours d’un État gigantesque — 80 fois la taille de la Belgique — et, surtout, de trancher la question que tout le monde évite : quand ?

Un Empire qui vacille : Les racines de la rupture

Pourquoi Bruxelles a-t-elle soudainement cédé, après des décennies de paternalisme rigide ? La réponse se trouve dans une convergence de crises.

  • Le traumatisme de 1959 : Le 4 janvier 1959, Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa) s’embrase. Les émeutes sanglantes brisent le mythe d’une colonie modèle et paisible. Le sentiment d’insécurité gagne les colons ; le vent a tourné.
  • L’asphyxie financière : Le « miracle économique » congolais n’est plus qu’un souvenir. Le déficit du trésor colonial explose, passant de 4 à 46 milliards de francs belges en une décennie. La colonie coûte désormais plus qu’elle ne rapporte.
  • Le choc des titans : Sur le terrain, deux figures s’imposent et défient l’autorité coloniale. D’un côté, Joseph Kasa-Vubu, le sage de l’ABAKO, partisan d’un fédéralisme structuré. De l’autre, Patrice Emery Lumumba, le tribun charismatique du MNC, dont l’aura dépasse déjà les frontières.
  • Le désamour belge : À Bruxelles, l’opinion publique change. Les partis socialiste et libéral voient d’un mauvais œil le maintien d’un empire à bout de souffle alors que la décolonisation devient la norme mondiale.

La promesse de Baudouin : Le point de non-retour

Le déclic final survient dès le 13 janvier 1959. Dans un discours resté célèbre, le Roi Baudouin promet de mener les populations congolaises vers l’indépendance « sans atermoiements funestes, mais sans précipitation inconsidérée ».

Pourtant, lors de son second voyage en décembre 1959, le souverain constate l’échec de l’apaisement. La tension est à son comble. La Table ronde n’est plus une option, c’est une nécessité vitale pour éviter une guerre coloniale que la Belgique sait qu’elle ne pourra pas gagner.

Les deux piliers de la négociation

Les délégués arrivent à Bruxelles avec un agenda précis divisé en deux axes majeurs :

  1. L’architecture institutionnelle : Quel régime pour le futur État ? Unitaire ou fédéral ? Comment répartir les pouvoirs entre les provinces et le centre ?
  2. Le calendrier : C’est le point de friction majeur. Alors que certains Belges espèrent une transition sur plusieurs années, le « Front Commun » congolais exige une rupture immédiate.

Le saviez-vous ? C’est lors de cette conférence que l’unité congolaise a surpris les négociateurs belges. Malgré leurs divergences, les leaders congolais ont formé un bloc uni, exigeant et obtenant une date que personne n’osait imaginer quelques mois plus tôt : le 30 juin 1960.

L’Héritage

La Table ronde de Bruxelles fut un tour de force politique, mais elle laissa derrière elle des questions économiques et administratives en suspens, prémices des crises futures. Elle reste néanmoins le symbole du moment où le destin du Congo a échappé aux mains de l’Europe pour être repris par ses propres fils.

Salomon BIMANSHA

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