Home / Société / SNEL : Ces expressions qui éclairent le quotidien des Congolais

SNEL : Ces expressions qui éclairent le quotidien des Congolais

C’est une institution que l’on adore détester, un État dans l’État qui rythme les battements de cœur (et les cris de joie ou de détresse) de la capitale. La Société Nationale d’Électricité (SNEL) n’est pas seulement un fournisseur d’énergie ; c’est une source inépuisable de néologismes, une culture à part entière où le génie linguistique kinois transforme l’obscurité en art de vivre.

Du « délestage » structurel au « sauvetage » de voisinage, voici le lexique indispensable pour comprendre pourquoi, à Kinshasa, le courant est tout sauf un long fleuve tranquille.

Les aléas de la technique (ou le chaos organisé)

Quand le transformateur du quartier rend l’âme ou que les câbles décident de jouer aux équilibristes, le vocabulaire se fait technique, mais toujours imagé :

  • Transfo eziki : Le glas a sonné. Le transformateur a grillé. C’est le début d’un deuil électrique qui peut durer des semaines, voire des mois.
  • Neutre ekimi : Littéralement « le neutre s’est enfui ». Résultat : vos ampoules brillent comme des soleils avant de griller.
  • Eye Phase Moko : La version « basse intensité ». Une seule phase fonctionne, assez pour charger un téléphone, mais pas assez pour faire tourner le frigo.
  • Keba ! Eye phase-phase : L’alerte rouge. Deux phases se touchent. Débranchez tout sous peine de voir votre télévision s’envoler en fumée.
  • Câble ba yibi : Le grand classique des « inciviques ». Les câbles en cuivre ont disparu pendant la nuit, vendus au poids.

La solidarité de l’obscurité

À Kinshasa, on ne reste jamais seul dans le noir. La survie énergétique est une affaire de communauté :

  • Voisiiin, brancher bisooo ! L’appel du 18 juin. Quand le voisin a du courant (par miracle ou par « ligne spéciale ») et que vous lui tendez une rallonge de 50 mètres pour sauver votre congélateur.
  • Bango baza na départ unique : La jalousie ultime. Le pâté de maisons d’en face est sur une ligne prioritaire (souvent celle d’un hôpital ou d’un ministre) et ne connaît jamais le noir.
  • Salela terre : Le bricolage de l’espoir. Utiliser une prise de terre artisanale pour tenter de stabiliser un courant agonisant.

Les cris du cœur (et du désespoir)

Le rapport entre le Kinois et la SNEL est une relation toxique faite de ruptures brutales et de réconciliations hystériques :

  • Courant Eyeeeeeeeeh ! Le cri qui unit la ville. Dès que les ampoules s’allument, les enfants hurlent de joie dans les rues, comme si les Léopards venaient de marquer en finale.
  • Haaaaaaaaah SNEL penza : Le soupir de lassitude universel quand la coupure survient au moment crucial du match ou du film.
  • Namoni tokolala nango : Le verdict réaliste de minuit. « Je sens qu’on va dormir avec [l’obscurité] ». L’espoir de voir le courant revenir avant l’aube est officiellement mort.

L’info en plus : L’anecdote du quartier

Pour illustrer cet amour vache, les Kinois ne manquent pas d’humour. On raconte souvent l’histoire de ce père de famille qui, excédé, traite les agents de la SNEL de « Niangalakata » (vauriens/brouillons). Résultat ? Ses enfants sont convaincus que c’est le titre officiel figurant sur leur carte de visite !

Et vous, quelle est votre expression préférée quand le « Feder » saute ou que le « soulier de câble » lâche ?

Salomon BIMANSHA

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *