
L’ÉDITO. La nouvelle est tombée ce mardi 3 février 2026, tel un accord mineur dans une symphonie jusque-là éclatante : Ron Kenoly est décédé à l’âge de 81 ans. Celui qui a transformé la louange chrétienne en une célébration symphonique et festive laisse derrière lui des millions d’adorateurs en deuil, de la Californie aux rives du fleuve Congo. Avec lui, c’est une page monumentale de l’histoire du Gospel moderne qui se tourne.
L’architecte de la louange moderne
Avant Kenoly, le gospel se divisait souvent entre les chorales traditionnelles du Sud profond et les hymnes solennels. Puis est arrivé cet officier de l’Air Force, devenu chantre, avec une vision révolutionnaire : faire de la louange un spectacle de haute facture technique sans en perdre l’onction.
Dans les années 90, ses albums Lift Him Up ou God Is Able ont brisé les codes. Ce n’était plus seulement de la musique d’église, c’était une production millimétrée : section de cuivres rutilante, percussions mondiales et direction chorale d’une précision chirurgicale. Il a imposé le concept de « Praise & Worship » (Louange et Adoration) comme un genre dominant, propulsant le label Integrity Music au sommet des charts mondiaux.
L’onde de choc au Congo-Kinshasa
Si l’influence de Ron Kenoly est planétaire, elle a trouvé en République Démocratique du Congo une résonance organique. Le Congo, berceau de la rumba et des harmonies complexes, a vu en Kenoly un mentor spirituel qui validait sa propre identité musicale.
- L’esthétique des « Grands Concerts » : L’école Kenoly a directement inspiré les pionniers du gospel congolais moderne. De la rigueur des Frères Kapuma à l’orchestration des grands rassemblements d’Alain Moloto avec le groupe GAEL, l’héritage est omniprésent.
- L’inculturation du Gospel : Kenoly n’hésitait pas à intégrer des rythmes africains et caribéens. Pour les musiciens kinois, ce fut un déclic : on pouvait servir Dieu avec excellence tout en restant ancré dans des sonorités festives et entraînantes.
« Je ne suis pas un artiste, je ne suis pas un entertainer. Je suis un conducteur de louange. » — Ron Kenoly
Un héritage impérissable
Au-delà de la technique, Ron Kenoly a réussi le tour de force de désenclaver le gospel. Il a créé des ponts entre les dénominations et les cultures. En RD Congo, ses chants comme Ancient of Days ou Whose Report Shall You Believe ont été traduits, adaptés et chantés dans chaque église de réveil, devenant de véritables standards du patrimoine local.
Alors que le monde du Gospel pleure aujourd’hui sa disparition, son départ rappelle une vérité qu’il a prêchée toute sa vie : la qualité de l’art est le plus bel hommage que l’on puisse rendre au Créateur. Kenoly ne chante plus ici-bas, mais ses partitions continuent de faire vibrer les cœurs, de Kinshasa à New York.
Bimanshainfo : Ron Kenoly s’est éteint, mais l’écho de ses trompettes résonnera tant qu’il y aura des voix pour s’élever. Le Congo, qui a tant puisé dans son génie, salue aujourd’hui un géant.
Salomon BIMANSHA
