
L’onde de choc est mondiale. Donald Trump a relayé sur ses réseaux sociaux une vidéo aux relents conspirationnistes, s’achevant par une mise en scène infamante du couple Obama. Entre démentis maladroits et indignation républicaine, la Maison-Blanche tente de parer l’incendie.
C’est une séquence d’une minute et deux secondes qui a pétrifié Washington en plein « Mois de l’histoire des Noirs » (Black History Month). Jeudi soir, sur son compte Truth Social, le 47e président des États-Unis a partagé une vidéo reprenant la litanie désormais classique des théories du complot sur l’élection de 2020. Mais c’est le final qui a provoqué l’hallucination : durant quelques secondes, sur fond sonore de The Lion Sleeps Tonight, les visages de Barack et Michelle Obama apparaissent, détournés par intelligence artificielle, sur des corps de primates gambadant dans la jungle.
L’art du rétropédalage
La réaction de l’exécutif a d’abord été fidèle à la doctrine Trump : l’offensive. Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison-Blanche, a d’abord fustigé une « fausse indignation » des médias, expliquant qu’il s’agissait d’un simple mème parodiant Le Roi Lion. Un argument qui a court-circuité lorsque les observateurs ont souligné que le film de Disney ne mettait en scène aucun grand singe de ce type.
Face à la tempête, le post a finalement été supprimé douze heures plus tard. Changement de fusil d’épaule : la Maison-Blanche plaide désormais l’erreur technique. Un employé « zélé » aurait publié le contenu sans que le Président n’en visionne la fin. « J’ai regardé le début, c’était très bien sur la fraude électorale », a évacué Donald Trump à bord d’Air Force One, refusant toute excuse. « Personne n’avait vu la fin ».
Un malaise jusque dans le camp républicain
Si les démocrates, par la voix d’Hakeem Jeffries ou de Kamala Harris, dénoncent un comportement « abject » et « détraqué », le plus significatif vient du camp conservateur. Le sénateur Tim Scott, pourtant allié fidèle du président, n’a pas caché son dégoût :

« C’est la chose la plus raciste que j’ai vue sortir de cette Maison-Blanche. »
Même au sein du Grand Old Party (GOP), où la discipline de fer est d’ordinaire la règle, le silence est lourd ou les critiques, plus audibles qu’à l’accoutumée.
Pour Donald Trump, cette nouvelle polémique illustre une fois de plus sa stratégie du « chaos permanent » : tester les limites de l’acceptable, quitte à invoquer les démons les plus sombres de l’histoire américaine, avant de s’abriter derrière l’irresponsabilité d’un subalterne. Mais cette fois, l’image est si violente que même ses plus fervents soutiens semblent avoir du mal à détourner le regard.
Salomon BIMANSHA
