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La guerre n’est pas un film : le faux pas de Washington

Ben Stiller acteur américain

La communication politique a toujours ses codes, ses ficelles et ses excès. Mais, ce vendredi 6 mars, l’administration américaine semble avoir franchi une ligne que beaucoup jugent aussi indélicate que périlleuse. Dans une volonté assumée de frapper les esprits et d’imposer son récit sur le conflit en Iran, la Maison Blanche a dévoilé un clip de propagande d’un genre nouveau : un montage frénétique mêlant images de frappes réelles et extraits, savamment découpés, de blockbusters hollywoodiens.

Un « storytelling » qui dérape

Le procédé se veut percutant, presque cinématographique. L’objectif est clair : démontrer la puissance et la précision de l’arsenal américain tout en captivant une audience habituée aux codes des réseaux sociaux. Pourtant, en tentant de transformer la réalité brute d’un théâtre d’opérations en une séquence de pop-culture, Washington a provoqué un malaise profond.

Car au milieu des détonations réelles et des images satellites, l’œil attentif distingue des fulgurances familières. Parmi elles, un court extrait mettant en scène l’acteur et réalisateur Ben Stiller. Un usage qui n’a pas du tout été du goût de l’intéressé.

La colère de Ben Stiller : « La guerre n’est pas un film »

Très actif sur le réseau social X (anciennement Twitter), l’acteur n’a pas tardé à réagir. Loin de goûter à cet hommage impromptu, Ben Stiller a fermement sommé la Maison Blanche de retirer sa séquence. Sa réponse, cinglante et sobre, résume à elle seule l’incongruité de la situation : « La guerre n’est pas un film. »

Une mise au point qui résonne comme un rappel à l’ordre éthique. En utilisant des ressorts de fiction pour illustrer une actualité brûlante, le gouvernement américain s’expose à une critique majeure : celle de la déshumanisation. Mélanger le grand spectacle du divertissement à la réalité tragique des bombes brouille la frontière entre le fait divers géopolitique et la mise en scène, au risque de banaliser le conflit aux yeux de l’opinion publique.

Une communication sous haute tension

Derrière cette polémique, c’est toute la stratégie de communication du Pentagone et de la Maison Blanche qui se retrouve interrogée. Si la bataille de l’information est, de toute évidence, un pan majeur de la guerre moderne, le « spectacle » semble ici avoir pris le pas sur la substance.

En voulant rendre la guerre « sexy » ou immédiatement consommable, Washington a-t-il commis une faute de goût monumentale ? Une chose est sûre : en se mettant à dos l’une des figures de proue d’Hollywood et en s’attirant les foudres d’une partie des internautes, cette opération de communication a davantage braqué les projecteurs sur les méthodes de l’administration que sur le conflit lui-même.

À Washington, la tentation est grande de traiter la politique étrangère comme un scénario de film. Mais comme le souligne Stiller, dans la vraie vie, les victimes n’ont pas de doublures.

Salomon BIMANSHA

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