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Papa Wemba, dix ans de silence et une voix toujours reine

CHRONIQUE. Le 24 avril 2016, le « Roi de la Rumba » s’écroulait sur scène à Abidjan. Une décennie plus tard, l’héritage d’Émerite Shungu Wembadio Pene Kikumba n’a pas pris une ride. Entre élégance métaphysique et génie musical.

C’était un dimanche. Un dimanche de sueur et de lumières crues sous le ciel d’Abidjan. Sur la scène du festival Femua, celui que l’on appelait le « Pape de la Sape » tirait sa révérence de la manière la plus spectaculaire et tragique qui soit : micro à la main, devant son public, en plein vol. Dix ans plus tard, le vide laissé par Papa Wemba ressemble à un gouffre que ni le temps ni les modes n’ont réussi à combler.

L’architecte de l’identité congolaise

Wemba n’était pas seulement un chanteur à la voix de cristal, capable de monter dans des aigus déchirants d’une pureté presque angélique. Il était l’architecte d’une certaine idée de l’Afrique. En fondant Viva La Musica dans les années 70, il a transformé la musique congolaise en une institution mondiale, mélangeant les rythmes ancestraux du village de Molokaï aux accents rock et pop qu’il affectionnait tant.

Mais son génie fut aussi de comprendre que dans un monde post-colonial en quête de repères, l’apparence était une arme. À travers la SAPE (Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes), il a érigé l’esthétique en dignité. Porter du Weston ou du Yohji Yamamoto dans les rues de Kinshasa n’était pas une futilité, c’était un manifeste : le refus de la misère, l’affirmation d’un contrôle total sur son propre destin, fût-il textile.

Une voix, mille facettes

L’article de l’histoire retiendra l’homme aux mille noms : Vieux Bokul, Jules Presley,Fula Ngenge Chacun de ces pseudonymes racontait une facette de sa quête d’excellence. Qu’il collabore avec Peter Gabriel sur le label Real World ou qu’il galvanise les foules de Matonge, Wemba gardait cette aura de patriarche bienveillant mais exigeant.

Aujourd’hui, alors que les haut-parleurs de Kinshasa, de Paris et de Bruxelles continuent de cracher les notes de Maria Valencia ou de Rail On, on réalise que Papa Wemba n’est pas mort. Il a simplement changé de scène.

L’héritage d’un immortel

Que reste-t-il dix ans après ? Un héritage immense, porté par une nouvelle génération d’artistes qui, consciemment ou non, marchent dans ses pas de danse. Mais il manque cette présence, ce charisme tranquille, cette capacité à réconcilier le local et l’universel.

Le Congo a perdu son ambassadeur le plus flamboyant, mais la légende, elle, reste drapée dans son costume d’éternité. Dix ans plus tard, les larmes ont séché, mais la musique, plus vivante que jamais, continue de nous raconter l’histoire d’un roi qui ne voulait jamais cesser de chanter.

Adieu, l’Artiste. Le concert continue ailleurs.

Salomon BIMANSHA

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