CHRONIQUE. Face à l’échec cuisant des plans de salubrité successifs dans la capitale congolaise, le chef de l’État tape du poing sur la table. Il confie l’assainissement de la mégapole au très rigoureux général-major Jean-Pierre Kasongo Kabwik, patron du Service national. Un virage paramilitaire qui sonne comme un ultime aveu d’impuissance civile.
Kinshasa la poubelle l’a emporté sur Kinshasa la belle. Le constat est amer, mais il est partagé jusqu’au sommet de l’État. Vendredi, lors du Conseil des ministres, Félix Tshisekedi n’a pas mâché ses mots. Le chef de l’État a publiquement déploré « les limites persistantes des mesures actuelles » en matière d’insalubrité. Comprendre : des millions de dollars engloutis, des opérations « Kin Bopeto » à répétition, pour un résultat invisible. Les montagnes d’immondices continuent d’obstruer les artères de la troisième plus grande mégapole d’Afrique, bloquant les collecteurs d’eaux de pluie et transformant chaque averse en drame humanitaire.
Face à ce naufrage managérial et civil, le président de la République a décidé de changer radicalement de doctrine. Fini la diplomatie du balai et les campagnes de sensibilisation stériles. Félix Tshisekedi annonce l’adoption d’« une approche plus rigoureuse reposant sur une discipline paramilitaire ». À situation exceptionnelle, méthode d’exception.

La méthode forte
Pour matérialiser ce virage à 180 degrés, une task-force pluridisciplinaire entièrement dédiée à la salubrité et à l’assainissement de Kinshasa voit le jour. Et pour la piloter, le choix du maître de l’horloge s’est porté sur un homme à poigne : le général-major (nouvellement promu) Jean-Pierre Kasongo Kabwik.
Le saviez-vous ? Jean-Pierre Kasongo Kabwik s’est forgé une solide réputation de bâtisseur et de redresseur de torts à la tête du Service National, cette structure paramilitaire qui transforme d’anciens délinquants (les fameux kulunas) en conducteurs de tracteurs, maçons et agriculteurs à Kaniama Kasese.
En confiant les clés de la propreté kinoise à ce haut gradé, Félix Tshisekedi court-circuite de fait l’hôtel de ville et les structures municipales, jugés inefficaces. Preuve de l’importance stratégique – et politique – de l’enjeu : cette nouvelle structure est placée sous l’autorité directe du Président de la République. Le message est limpide : l’assainissement devient une affaire d’État, un enjeu de sécurité nationale.
Une course contre la montre
Le plan de bataille est déjà sur les rails. Selon des sources présidentielles, une réunion de cadrage stratégique est prévue dans les prochains jours. Elle devra définir les contours budgétaires, logistiques et humains de cette task-force avant le lancement effectif des opérations sur le terrain.
Reste une question de taille : la discipline militaire suffira-t-elle à venir à bout d’un mal structurel ? Si le Service national a prouvé son efficacité dans les champs du Haut-Lomami, la jungle urbaine de Kinshasa, ses 17 millions d’habitants et son absence chronique d’usines de traitement des déchets représentent un défi d’une tout autre envergure. Jean-Pierre Kasongo Kabwik a réussi à faire plier les kulunas par le travail et la discipline. Reste à voir s’il réussira à faire plier les montagnes de plastique de Kinshasa.
Salomon BIMANSHA











