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RDC : le grand saut dans le réel

PLANIFICATION. Quarante-deux ans après le dernier comptage de sa population, la République démocratique du Congo s’apprête enfin à sortir du brouillard statistique. Un défi titanesque pour un État-continent en quête de souveraineté.

C’est un vertige statistique que peu de nations modernes s’infligent. En République démocratique du Congo, le dernier recensement général de la population remonte à 1984. À l’époque, le pays s’appelait encore le Zaïre, le maréchal Mobutu régnait en maître absolu, et le pays comptait à peine plus de 30 millions d’âmes. Quarante-deux ans plus tard, la RDC navigue à vue, pilotant ses politiques publiques, ses budgets et ses infrastructures sur la base d’estimations floues, projetant une population oscillant quelque part entre 100 et 110 millions d’habitants.

Cette anomalie historique est en passe d’être réparée. Ce lundi 1er juin 2026, le ministre d’État en charge du Plan, Guylain Nyembo, a sifflé le coup d’envoi d’un marathon technique et logistique qui doit mener le pays jusqu’au dénombrement général de la population, officiellement programmé pour juillet 2027.

« Le recensement est un outil de souveraineté, de gouvernance et de développement », a martelé le ministre d’État lors d’une conférence de presse très attendue à Kinshasa.

L’enjeu crucial de la cartographie

Pour la RDC, l’obstacle n’est pas seulement financier, il est éminemment opérationnel. Comment cartographier un territoire de 2,3 millions de kilomètres carrés, amputé par endroits par l’insécurité et cruellement déficitaire en voies de communication ?

La réponse gouvernementale tient en une formule : la cartographie censitaire. Avant de compter les têtes en 2027, l’exécutif veut d’abord sectoriser le pays pour éviter les écueils classiques des grands recensements africains : les oublis massifs et les doubles comptages. C’est le sens du lancement, du 1er au 7 juin 2026, d’une vaste campagne nationale de recrutement. Opérateurs cartographes, spécialistes en systèmes d’information géographique (SIG), experts en technologies de l’information… Kinshasa cherche ses cerveaux et ses bras pour quadriller le terrain, en commençant par la capitale avant d’essaimer dans les 25 autres provinces.

Pour un pays souvent épinglé par les rapports internationaux sur la gouvernance, l’exécutif congolais sait qu’il joue sa crédibilité. Guylain Nyembo s’est donc fendu d’une mise en garde ferme contre les vieux démons de l’administration : « Aucun favoritisme, aucun abus, aucune discrimination et aucun passe-droit ne seront tolérés », promettant un processus fondé sur la méritocratie via une plateforme numérique dédiée.

Sortir de la politique de l’aveugle

Derrière l’effort logistique soutenu par le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), l’enjeu politique et économique est crucial. Construire des hôpitaux, distribuer l’électricité, planifier les écoles ou répartir les ressources nationales sans données démographiques fiables relève aujourd’hui de la divination.

En se fixant le cap de juillet 2027, la RDC tente de s’offrir le miroir qui lui manque tant. Un miroir indispensable pour que le géant de l’Afrique centrale devienne enfin lisible, tant pour ses dirigeants que pour les investisseurs internationaux. La trajectoire est tracée, mais dans ce pays habitué aux calendriers élastiques, le plus dur commence : passer de la promesse de papier à la réalité du terrain.

Salomon BIMANSHA

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