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RDC : 72 villages pacifiés et un virage stratégique face aux Mobondo

Après des mois de terreur dans le Grand Bandundu et aux portes de la capitale, le gouvernement congolais revendique une avancée sécuritaire majeure. Entre désarmement, réinsertion et requalification du conflit, le pouvoir tente d’imposer un retour à la normale.

La fin du cauchemar aux portes de Kinshasa ? Le gouvernement congolais entend marquer un tournant décisif dans la gestion de l’insurrection Mobondo, cette milice qui ensanglante le triangle formateur formé par le Grand Bandundu, le Kongo Central et les zones rurales de la capitale. Lors d’un briefing de presse à Kinshasa, Éliezer Ntambwe Mposhi, ministre délégué aux Anciens Combattants, a présenté un bilan qu’il se veut encourageant : 72 villages « jadis occupés » désormais pacifiés, 596 ex-combattants acheminés vers le centre de Kanyama Kasese et 146 armes de guerre remises à la Défense nationale.

Alors que subsistent encore « quelques poches d’insécurité », l’ambition affichée par l’exécutif est désormais de sortir de la réponse purement militaire pour basculer vers le rétablissement durable de l’autorité de l’État.

La brousse comme « prison à ciel ouvert »

Pour vider les maquis, Kinshasa fait le pari de la persuasion. L’urgence n’est plus à la multiplication des arrestations spectaculaires, mais à l’assèchement des troupes rebelles. « Ma mission est de sensibiliser les rebelles à déposer les armes et à sortir », résume le ministre, qualifiant la brousse de « prison à ciel ouvert ».

Cette politique de la main tendue s’accompagne d’un volet d’évacuation socio-économique : les centains d’ex-miliciens transférés à Kanyama Kasese, dans le Grand Katanga, y réapprennent les travaux agricoles et un métier. Une démarche qui vise à rompre définitivement le cycle des armes, tout en distinguant réinsertion sociale et poursuites judiciaires, les enquêtes sur les crimes perpétrés demeurant en cours.

Un conflit foncier avant tout

Sur les causes profondes du conflit, le gouvernement cherche à changer la grille de lecture. Alors que les violences ont souvent été analysées sous un prismes strictement ethnique opposant Teke et Yaka, le ministre écarte cette thèse. « Moi, j’ai qualifié ça d’un conflit foncier », affirme Éliezer Ntambwe. Un diagnostic lourd de conséquences : si la racine du mal réside dans le contrôle des terres et l’exploitation rurale, aucune victoire militaire ne suffira sans un traitement administratif, coutumier et politique de la gestion foncière.

En parallèle, le gouvernement cherche à valoriser la figure du combattant réintégré et des forces de défense. Une proposition de loi sur le statut des anciens combattants, prévoyant retraites, accès aux soins et cantines dédiées, est mise en avant pour rassurer les futurs démobilisés et inciter la jeunesse à s’engager sous le drapeau.

Mobilisation et cohésion nationale

Présent aux côtés de son collègue, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe, a rappelé que « la paix est une affaire de tous », appelant à la vigilance face aux discours de haine ou aux manipulations communautaires. Soucieux de dépasser la seule communication institutionnelle depuis la capitale, Patrick Muyaya s’est dit prêt à délocaliser les prochains briefings directement sur le terrain, en pays Yaka ou Teke, dès lors que les conditions de sécurité le permettront.

Avec l’organisation prochaine d’un forum de dialogue intercommunautaire, Kinshasa veut sceller la paix par la concertation. Mais le plus dur commence : transformer les chiffres de la pacification en une sécurité tangible et durable pour des populations locales éprouvées par deux années d’exactions.

Salomon Bimansha

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