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L’espérance de vie en RDC : un sport de haut niveau

En République démocratique du Congo, les rapports de l’OMS font fausse route. La première cause de mortalité n’est ni le paludisme, ni le typhus, ni une quelconque fièvre hémorragique. C’est le simple fait de tenter de traverser 24 heures de vie quotidienne.

Anatomie d’un parcours du combattant où chaque journée est un miracle de la médecine moderne.

Le saut d’obstacles matinal

L’agression commence dès 5 heures. Erreur fatale : allumer la radio. Le bulletin d’information associe crises politiques, scandales de détournement et tensions aux frontières. Avant même la première gorgée de café, la tension artérielle rivalise avec la pression d’un pneu de semi-remorque.

Le premier interlocuteur de la journée – l’épouse – déroule immédiatement la liste des urgences : le sac de riz est vide, le minerval des enfants exige un paiement immédiat, la belle-famille signale un drame imminente, et le loyer menace d’échéance.

L’accès aux services de base relève ensuite de la logistique militaire :

  • L’eau : Pas de robinet fonctionnel. Il faut prendre le seau direction le forage local pour y affronter une file d’attente de deux cents personnes où la courtoisie a disparu depuis longtemps.
  • L’électricité : Le courant réapparaît par surprise. Le temps de brancher le fer à repasser, le réseau déconnecte. Le départ au travail se fait donc en chemise froissée.
  • La mobilité : Le trajet de cinq minutes transforme l’automobiliste ou le piéton en cible privilégiée pour motos-taxis (wewa) indisciplinés et embouteillages monstres dès 7 heures.

L’épreuve économique

L’arrivée au bureau avec 45 minutes de retard se solde par la réaction prévisible d’un supérieur hermétique à toute explication. À la mi-journée, l’ouverture de l’application Mobile Money provoque des sueurs froides : le solde est si dérisoire que l’écran semble renvoyer un regard plein de pitié. Les notifications WhatsApp s’enchaînent pour réclamer l’achat du gaz, des médicaments du bébé et les fournitures scolaires.

Même les moments de répit sont tarifés. Tenter de noyer ce stress dans une bière fraîche en fin de journée se heurte à l’inflation : les derniers 1 000 francs du portefeuille ne suffisent plus. La boisson elle-même rejette les budgets modestes.

La nuit américaine

Le retour au domicile ne propose aucun baume. Entre un conjoint excédé par l’absence de solutions financières et un environnement nocturne hostile — assemblée générale de moustiques, musique du voisin au volume maximal, croisade spirituelle de l’église de réveil à minuit et coq désorienté chantant dès 3 heures —, le sommeil réparateur est une fiction.

À 5 heures du matin, le cycle redémarre à l’identique.

Atteindre 60 ans dans un tel contexte ne relève plus de la gériatrie ni de la chance. C’est un exploit d’endurance physique et mentale. À ce niveau de résistance, la RDC ne recense plus des séniors : elle abrite des monuments historiques en liberté.

Salomon Bimansha

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