KINSHASA Alors que le ministre de l’Emploi, du Travail et de la Prévoyance sociale, Ferdinand Massamba, a fièrement égrené des chiffres mirobolants évoquant plus de 3 millions d’emplois créés entre 2021 et 2023, auxquels s’ajouteraient 1,8 million en 2025 , la réalité sociale renvoie une image totalement opposée. Sur le terrain, la jeunesse congolaise fait face à un précarité persistante, s’interrogeant sur la localisation effective de ces « millions d’opportunités ».
La magie des chiffres face au gouffre du sous-emploi
Pour les observateurs avisés et la société civile, les données avancées par le ministère relèvent davantage de l’exercice d’auto-satisfaction que d’une transformation structurelle du marché du travail.
Sur quelles bases ces statistiques sont-elles véritablement élaborées ? Dans un pays où le secteur informel absorbe plus de 80 % de la population active, comptabiliser l’activité informelle, les petits métiers de survie ou de simples réenregistrements administratifs comme des « emplois créés » relève d’un glissement sémantique contestable.
Le cri d’alarme de la société civile et des syndicats
Du côté des organisations syndicales et des mouvements citoyens, les réactions ne se sont pas faites attendre :
- Un pouvoir d’achat en berne : La hausse constante du coût de la vie et la dépréciation monétaire érodent le quotidien des ménages, rendant la notion « d’emploi rémunéré » quasiment insignifiante lorsqu’elle ne permet pas de couvrir les besoins de base.
- Le calvaire du premier emploi : Pour la majorité des diplômés qui arpentent quotidiennement les artères de Kinshasa et des provinces, l’accès à un emploi digne et stable demeure un parcours du combattant.
- Le mirage de la formalisation : Les acteurs sociaux dénoncent une confusion délibérée entre la création d’emplois durables à forte valeur ajoutée et la précarisation d’une jeunesse abandonnée au débrouillardise.
Un décalage flagrant avec le quotidien des Congolais
Comment justifier de telles annonces triumphalistes alors que les entreprises locales étouffent sous la pression fiscale et que le climat des affaires peine à rassurer les investisseurs ? Pour le citoyen lambda, ces déclarations officielles s’apparentent à de l’autosuggestion politique destinée à défendre un bilan gouvernemental contesté.
Plutôt que d’aligner des chiffres invérifiables, la population attend des actions concrètes : une véritable politique d’industrialisation, l’assainissement effectif du climat des affaires et des mécanismes transparents de contrôle du marché du travail.
Salomon Bimansha











