
CHRONIQUE. À N’djili, le passage à l’an 2026 a été marqué par le fracas d’une balle « perdue ». À 29 ans, ce jeune créatif est devenu le symbole tragique d’une violence urbaine que l’on ne parvient plus à contenir.
Il était minuit. À cet instant précis où le monde bascule dans l’espérance, où les feux d’artifice tentent de couvrir le tumulte des villes, Francis Kitahanga a basculé dans le néant. À 29 ans, ce jeune homme plein d’avenir ne fêtera jamais janvier. Il est mort chez lui, sur son balcon, au numéro 20 de l’avenue Kisantu, dans le quartier 1 de N’djili.
Un balcon sur l’enfer
Francis était un enfant de son temps : diplômé de l’Académie des Beaux-Arts, graphiste et imprimeur talentueux, il mettait sa créativité au service d’une société de la place. Un citoyen sans histoire, assis dans son salon, loin du chaos des rues. Mais à N’djili, la rue finit toujours par vous rattraper.
Alerté par le vacarme d’un énième affrontement entre les « kuluna » — ces gangs de rue qui terrorisent la capitale — et les forces de l’ordre, Francis commet l’erreur fatale de la curiosité. Il sort sur son balcon pour comprendre. Il est 00h00. L’euphorie collective se mêle au sifflement du plomb. Une balle, pudiquement qualifiée de « perdue », le foudroie. Il s’écroule, gisant dans un bain de sang, alors que les clameurs de « Bonne Année » résonnent encore aux alentours.
L’insécurité : une fatalité congolaise ?

Le drame de Francis Kitahanga n’est pas qu’un fait divers. C’est le symptôme d’un mal profond qui ronge Kinshasa : la banalisation du feu. Quand la police échange des tirs avec des délinquants au milieu des zones d’habitation, le risque zéro n’existe pas. Mais ici, le risque est devenu une statistique quotidienne.
Pour la famille de Francis, il ne reste que des yeux pour pleurer un fils, un frère, un talent brut fauché par l’absurde. Ce graphiste qui redonnait des couleurs à la ville a vu sa propre image se figer dans la grisaille d’un constat de décès.
Le silence après le fracas
Alors que les autorités promettent régulièrement de « pacifier » les quartiers chauds, la mort de ce jeune de 29 ans vient rappeler la fragilité de la vie dans la mégapole congolaise. Une vie qui, pour Francis, valait moins que le prix d’une munition tirée dans l’obscurité.
En 2026, on espérait des lendemains qui chantent. À N’djili, on a entendu que le cri d’une mère et le silence assourdissant d’un État qui peine à protéger les siens jusque dans leur propre salon.
Salomon BIMANSHA
