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DOSSIER. 4 janvier 1959 : Le jour où Léopoldville a fait trembler la Couronne belge

REPORTAGE. Il y a 67 ans, ce qui ne devait être qu’une réunion politique interdite virait à l’insurrection populaire. Retour sur la démythification du colonisateur et l’engrenage qui a conduit la RDC vers son destin.

Par la Rédaction

C’est une date qui, dans les manuels d’histoire, marque la fin d’une ère et le début d’une épopée. Le 4 janvier 1959, Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa) n’est plus cette « colonie modèle » vantée par Bruxelles. En quelques heures, la cité indigène s’embrase, brisant le vernis d’une domination belge que l’on croyait éternelle.

I. 1958 : L’année où le « Maître » est tombé de son piédestal

Tout commence par une fête qui tourne au crash idéologique. L’Exposition Universelle de Bruxelles (l’Expo 58) invite 700 Congolais en métropole. Pour l’administration coloniale, c’est un risque calculé qui vire au désastre.

Jusqu’alors, le Blanc au Congo devait être parfait : ni infirme, ni ivrogne, ni pauvre. Une sélection eugéniste et sociale visant à ancrer le mythe de la race supérieure. À Bruxelles, les délégués congolais découvrent la vérité : le Blanc peut être balayeur, mendiant ou escroc. Le prestige s’effondre. De retour au pays, ces 700 « évolués » ne sont plus les mêmes. Ils ont vu la faille.

II. Le vent de la liberté : De Brazzaville à Accra

Le vent de l’histoire souffle d’abord de la rive droite du fleuve Congo. Le 24 août 1958, le Général de Gaulle, à Brazzaville, lâche une phrase qui agit comme un électrochoc : « L’indépendance, quiconque la voudra pourra la prendre aussitôt. » Si le message s’adresse aux colonies françaises, il est capté « 5 sur 5 » par les leaders de Léopoldville.

Quelques mois plus tard, Patrice Lumumba se rend à Accra pour la Conférence panafricaine de Kwame Nkrumah. Joseph Kasa-Vubu, lui, est retenu par une basse manœuvre administrative (une histoire de vaccin). C’est là, au contact de Frantz Fanon et des futurs pères des indépendances africaines, que Lumumba se radicalise. Il ne veut plus de réformes, il veut la patrie.

III. L’étincelle du YMCA

Le 28 décembre 1958, Lumumba réussit un coup de maître : un meeting géant à la place YMCA de Kalamu. Il y réclame l’indépendance « immédiate et sans conditions ». Dans la foule, un jeune journaliste boit ses paroles : Joseph-Désiré Mobutu. Il prend sa carte au MNC le jour même.

[Image de Patrice Lumumba lors d’un discours politique]

Piqué au vif, Joseph Kasa-Vubu, leader de l’ABAKO, veut reprendre la main sur son fief. Il annonce une réplique pour le dimanche 4 janvier 1959. Mais le pouvoir colonial, fébrile, interdit la manifestation la veille.

IV. Le dimanche sanglant

Le matin du 4 janvier, la foule est déjà là, massive, devant l’YMCA. Elle refuse de partir malgré les appels au calme de Kasa-Vubu. La police intervient. Des coups de feu partent. La tension explose lorsque les supporters de football du stade Tata Raphaël, sortant d’un match, rejoignent les manifestants.

L’émeute se transforme en insurrection. Les symboles du pouvoir et les commerces européens sont pris pour cibles. Le Gouverneur général Cornelis doit réquisitionner l’armée. Le bilan est lourd : plus de 300 morts et une ville en ruines. L’ABAKO est dissoute, ses chefs arrêtés. Mais il est trop tard pour la Belgique.

V. Le tournant royal

Face au chaos, le Roi Baudouin comprend que le temps de la répression est révolu. Le 13 janvier 1959, dans un discours historique, il concède :

« Notre résolution est aujourd’hui de conduire les populations congolaises à l’indépendance… »

Le verrou a sauté. La colonie ne sera plus jamais une possession. Moins d’un an et demi plus tard, le 30 juin 1960, le drapeau bleu étoilé flottera sur un Congo souverain.

Salomon BIMANSHA

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