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RDC : L’incroyable métamorphose des « Kabasele », ces bus de police recyclés en taxis

DÉCRYPTAGE. À Kinshasa, le génie de la débrouille vient de franchir une nouvelle frontière : le détournement pur et simple de minibus de la police. Repeints en jaune canari, ces anciens instruments de répression transportent désormais les civils dans le chaos urbain. Une ode à l’audace et à la faillite de l’État.

C’est un tour de magie dont seule la capitale congolaise a le secret. Prenez un « Kabasele », ce redoutable minibus de marque Force Traveller aux vitres grillagées, d’ordinaire rempli de policiers en faction. Ajoutez-y quelques litres de peinture jaune, un « receveur » à la voix de stentor et une dose d’arrogance monumentale. Vous obtenez un taxi-bus parfaitement intégré au paysage des transports en commun kinois, circulant au nez et à la barbe de ceux qui devraient le conduire… à la fourrière.

L’affaire, qui agite les réseaux sociaux et les terrasses de Kinshasa, n’est plus une simple rumeur : plusieurs véhicules appartenant au patrimoine de la Police Nationale Congolaise (PNC) ont été discrètement « civilisés ». Un camouflage par la couleur jaune, devenue le signe de ralliement des transports urbains depuis la réforme des « Esprits de vie ».

De la traque des délinquants au chargement des clients

L’ironie est mordante. Le « Kabasele », baptisé ainsi par la rumeur urbaine en référence à la crainte qu’il inspire lors des rafles nocturnes, change de camp. Hier, on fuyait à sa vue pour éviter une interpellation musclée. Aujourd’hui, on lève la main pour qu’il s’arrête, espérant une place assise pour rejoindre le centre-ville.

Le détournement de ces biens publics pose une question de fond sur l’étanchéité des parcs automobiles de l’État. Comment des engins censés être enregistrés, numérotés et suivis par la hiérarchie sécuritaire peuvent-ils finir entre les mains de « chauffeurs de ligne » ? Entre complicités internes et opacité des registres, le mystère reste entier. Mais à Kinshasa, le dicton est roi : « L’État ne meurt jamais, il se transforme. »

Un camouflage à ciel ouvert

Le plus fascinant reste l’audace des auteurs de ce « relooking ». Pour transformer un véhicule de patrouille en taxi, il faut plus qu’un coup de pinceau. Il faut une connaissance parfaite des failles du système. En peignant ces bus en jaune, les faussaires utilisent la couleur même de la légalité pour masquer un vol manifeste.

Sous le capot, le moteur hurle toujours la même plainte, mais sur les flancs, les insignes de la PNC ont disparu sous les couches de laque bon marché. C’est le triomphe de l’informel sur l’institutionnel, un pied de nez permanent à l’autorité.

Le « Kabasele » jaune, nouveau roi du bitume

Pour le citoyen lambda, l’histoire oscille entre rire et désespoir. Voir un instrument de l’ordre public devenir un instrument de profit privé est le symptôme d’une administration qui fuit de toutes parts. En attendant que la police ne lance une opération pour récupérer ses propres montures, les « Kabasele » jaunes continuent de braver les embouteillages de Limete et de Gombe.

Reste cette image saisissante : un policier régulant la circulation, sifflant un bus jaune pour une infraction mineure, sans se douter un seul instant qu’il a face à lui le véhicule de service qu’il cherchait peut-être le matin même à l’appel.

Salomon BIMANSHA

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