Home / Société / Fait divers : À Lubumbashi, le couteau du désaccord

Fait divers : À Lubumbashi, le couteau du désaccord

Deux mois de miel, et déjà le fiel. Dans la capitale du cuivre, un jeune marié a frôlé la mort pour avoir voulu exercer la solidarité. Un drame de la démesure qui interroge sur la fragilité des nouveaux foyers lushois.

C’était une union célébrée en grande pompe, sous les vivats d’une famille convaincue d’avoir scellé l’avenir. Soixante jours plus tard, le décor de conte de fées s’est fracassé sur le carrelage froid d’un salon de Lubumbashi. Le bilan ? Une cicatrice béante, un coma de plusieurs jours et une procédure de divorce entamée avant même que l’album photo du mariage ne soit achevé.

Le catalyseur : un ami sans toit

Tout commence par un geste que la tradition africaine, et l’humanité la plus élémentaire, commande : l’accueil. Un ami du mari, étranglé par des impayés de loyer, sollicite un hébergement temporaire. L’époux accepte. C’est le « geste de trop » pour la jeune mariée.

Ce qui aurait dû rester une divergence de vues domestique se transforme en un huis clos étouffant. Refus catégorique. Intolérance crasse. Dans les quartiers chics ou populaires de la ville, on murmure souvent que « la femme est la gardienne du foyer », mais ici, la gardienne a mordu.

De la dispute au crime

Le lendemain, le retour du travail ne donne pas lieu à une explication, mais à une exécution. Les mots ne suffisent plus. La tension, devenue insupportable, bascule dans la pathologie. Elle saisit un couteau. Elle frappe. L’homme s’effondre, sa vie fuyant par une plaie ouverte par celle-là même qui jurait, il y a huit semaines, de le chérir et de le protéger.

« À quel moment le désaccord devient-il une tentative de destruction ? » s’interroge un proche de la famille. « On ne poignarde pas celui qui vous a honorée publiquement pour une simple divergence d’opinion. »

Le réveil et le verdict

Miraculé après plusieurs jours de coma, l’époux se réveille dans une réalité brutale. La sentence familiale, d’ordinaire si prompte à la médiation et au « pardon chrétien », est cette fois-ci sans appel : Divorce immédiat. À Lubumbashi, où le qu’en-dira-t-on pèse parfois plus lourd que la loi, la lucidité a pris le dessus sur la coutume.

Cet ami en difficulté n’était finalement qu’un « révélateur ». Il a fait tomber le masque d’une épouse dont l’instinct de possession a muté en pulsion meurtrière.

L’enseignement d’un chaos

L’affaire secoue les réseaux sociaux et les terrasses de la ville. Elle pose une question de fond sur la santé mentale au sein du couple et sur la notion de « respect » galvaudée. Le mariage n’est pas une prison émotionnelle, et la demeure conjugale ne saurait être un champ de bataille où l’on règle ses comptes à l’arme blanche.

Dieu, disent les croyants, utilise parfois l’ordinaire pour dévoiler le monstre. Pour ce jeune Lushois, le prix de la vérité a failli être celui de sa vie. Mais comme le dit l’adage local, il vaut mieux découvrir le venin avant que le serpent ne s’installe définitivement sous le lit.

Salomon BIMANSHA

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *