
RÉCIT. 11 février 1990. Après vingt-sept années passées derrière les barreaux, le plus célèbre prisonnier du monde retrouve la liberté. Un séisme politique qui sonne le glas de l’apartheid.
C’est une image qui a instantanément intégré le panthéon des icônes du XXe siècle. Ce dimanche 11 février 1990, peu après 16 heures, une silhouette longiligne, le poing levé et le sourire radieux, franchit les grilles de la prison Victor Verster. Nelson Mandela est libre. Après 10 000 jours de captivité, « Madiba » ne marche pas seul : il porte sur ses épaules les espoirs d’une nation déchirée et les regards d’un monde en apnée.
Le pari de Frederik de Klerk
Rien n’était pourtant écrit d’avance. Il aura fallu l’audace — ou le réalisme désespéré — du président Frederik de Klerk pour briser le verrou. Neuf jours plus tôt, devant un Parlement médusé, le dernier leader blanc de l’ère de l’apartheid annonçait la légalisation de l’ANC et la libération inconditionnelle de son chef historique.
Pour Pretoria, le constat était devenu inévitable : l’économie s’asphyxiait sous les sanctions internationales et les townships étaient en feu. Maintenir Mandela en cellule était devenu plus dangereux que de le libérer.
« Un homme de paix, mais pas un homme soumis »
Quelques heures après sa sortie, depuis le balcon de l’hôtel de ville de Le Cap, Mandela s’adresse à une foule en délire. Le ton est solennel, presque surprenant de mesure. À 71 ans, l’homme n’a rien perdu de sa superbe ni de sa détermination. S’il tend la main à la minorité blanche, il n’en oublie pas pour autant le combat : « Notre marche vers la liberté est irréversible », lance-t-il, tout en appelant au maintien des sanctions jusqu’à l’abolition totale des lois raciales.
Ce n’est pas un vieillard brisé qui s’exprime, mais un stratège qui a mis à profit ses années de détention pour étudier son ennemi, apprendre l’afrikaans et préparer la transition. Ce jour-là, l’Afrique du Sud n’a pas seulement retrouvé un leader ; elle a découvert son futur président.
Le début du « long chemin »
Si la liesse s’empare des rues de Johannesburg à Soweto, l’analyse reste froide au sommet de l’État. La libération n’est pas une fin en soi, mais le prologue d’une négociation acharnée. Mandela le sait : le plus dur commence. Il lui faudra contenir la colère des siens, rassurer les peurs de l’élite blanche et éviter la guerre civile qui menace à chaque coin de rue.
Vingt-sept ans de prison n’ont fait que renforcer le mythe. En ce 11 février 1990, Mandela a prouvé que les murs les plus épais ne peuvent emprisonner une idée dont l’heure est venue. L’apartheid est cliniquement mort ; il reste à inventer la nation « arc-en-ciel ».
Salomon BIMANSHA
