Accueil / Société / Kinshasa : Le naufrage de l’éthique médicale

Kinshasa : Le naufrage de l’éthique médicale

ANALYSE. Une vidéo d’une violence insoutenable montrant un médecin torturant une patiente lors d’un acte chirurgical met en lumière la déliquescence d’une partie du système de santé congolais. Un crime sous l’œil de la caméra.

C’est une séquence qui glace le sang, de celles que l’on espérait ne jamais voir sortir de l’enceinte d’un sanctuaire de soins. À Kinshasa, le secret médical a laissé place au voyeurisme criminel. Une vidéo, devenue virale avec la rapidité d’un poison numérique, expose le calvaire d’une jeune femme. Sur la table d’opération d’un établissement à la salubrité douteuse, elle subit un curetage. À vif. Sans anesthésie.

Ce qui frappe, au-delà de la douleur physique que l’on devine atroce, c’est l’effondrement moral des bourreaux en blouse blanche. Le praticien, loin d’apaiser sa patiente, l’insulte, la frappe, et ordonne à ses infirmières de filmer le supplice. Ici, la médecine ne soigne plus : elle humilie, elle mutile, elle filme.

L’abjection en numérique

Dans cette scène de « boucherie » improvisée, le serment d’Hippocrate a été enterré sous les décombres de l’indécence. Comment un homme formé à l’art de guérir a-t-il pu basculer dans une telle dérive sadique ? Comment des infirmières ont-elles pu se transformer en cadreuses d’un snuff movie médical ? La question n’est plus seulement celle d’un manque de moyens techniques — une réalité tragique en RDC — mais bien celle d’une faillite humaine et déontologique absolue.

« On ne traite pas une femme, une patiente, une vie, comme un objet de divertissement macabre. »

La diffusion de ces images sur les réseaux sociaux parachève l’infamie. En transformant la détresse clinique en contenu viral, les auteurs et les diffuseurs bafouent le respect intangible de la dignité humaine. Ce n’est plus une erreur médicale ; c’est une criminalité en réseau, organisée et mise en scène.

L’heure de la réponse implacable

Face à cette onde de choc, le silence des autorités serait une complicité. L’Ordre des médecins, le ministère de la Santé et la justice congolaise sont désormais au pied du mur. Il ne s’agit pas ici de prononcer de simples blâmes administratifs. La réponse doit être exemplaire : radiation définitive, poursuites pénales pour torture et traitements dégradants, et fermeture immédiate de la structure sanitaire incriminée.

Le système de santé congolais, déjà fragile, ne pourra restaurer la confiance du public qu’en s’extirpant de ce chancre. La sacralité de la médecine ne se négocie pas. La femme, sa vie et son intégrité ne sont pas des terrains de jeux pour praticiens dévoyés. À Kinshasa, le scalpel a servi la barbarie ; il appartient maintenant à la loi de trancher pour que justice soit rendue.

Salomon BIMANSHA

Étiquetté :

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *