C’est un spectacle de désolation devenu tristement banal pour les Kinois, mais dont la violence surprend toujours. À Matete, l’une des communes populaires et historiques de la capitale congolaise, le quartier Salongo s’est réveillé les pieds dans l’eau. En cause : une nouvelle crue féroce de la rivière Ndjili qui, à la suite des dernières pluies diluviennes, est sortie de son lit pour envahir l’espace des hommes.
Aux abords de la célèbre église Shekinah, point de repère bien connu des habitants du quartier, le décor est surréaliste. Là où circulaient hier encore piétons et taxis-motos s’étend désormais une lagune improvisée.
Le système D pour seule embarcation
Plusieurs avenues du quartier Salongo sont totalement submergées. L’eau s’est engouffrée partout : dans les cours des parcelles, bravant les murets de fortune, et jusque dans les salons. Pour les riverains, c’est le début d’un calvaire logistique et sanitaire.
« On ne sait plus quoi faire. Chaque fois qu’il pleut abondamment, nous vivons avec la peur au ventre. Aujourd’hui, pour sortir de chez moi, j’ai dû porter mes enfants sur le dos », confie, dépité, un père de famille rencontré sur place, pantalon retroussé jusqu’aux genoux.
Ici, la solidarité s’organise à la vitesse de la montée des eaux, teintée d’un « système D » typiquement kinois. Des jeunes du quartier s’improvisent passeurs pour aider les habitants à franchir les zones les plus profondes, moyennant quelques billets de francs congolais. Les plus téméraires tentent la traversée à pied, bravant les risques de maladies hydriques et les débris charriés par le courant boueux.
L’éternel défi de l’urbanisme kinois
Ce nouveau débordement de la rivière Ndjili remet cruellement en lumière les maux dont souffre la mégapole congolaise :
- Le manque de curage régulier des lits des rivières et des collecteurs d’eau.
- Les constructions anarchiques qui étranglent les voies naturelles d’évacuation des eaux.
- La gestion des déchets plastiques qui finissent par boucher les rares canalisations existantes.
À Salongo, comme dans de nombreux quartiers périphériques de Kinshasa bordant les cours d’eau, l’équation reste la même : à chaque saison des pluies, c’est la roulette russe environnementale. En attendant une décrue que tout le monde espère rapide, les regards restent rivés vers le ciel, redoutant la prochaine averse qui viendrait aggraver une situation déjà critique.
Salomon BIMANSHA
