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RDC : L’ivresse de la qualification, la gueule de bois des clubs

Pendant que tout un peuple célèbre une qualification historique, la fête kinoise se heurte au principe de réalité du football européen. Entre retards, bras de fer diplomatiques et menaces de sanctions, le retour sur terre s’annonce brutal pour certains cadres de Sébastien Desabre.

C’est le paradoxe éternel du football moderne, ce tiraillement permanent entre le cœur et le portefeuille, entre le devoir national et l’employeur du quotidien. À Kinshasa, l’ambiance est à l’euphorie. Les Léopards de la République Démocratique du Congo viennent de valider leur ticket pour une phase finale historique, plongeant le pays dans une liesse populaire que l’on n’avait plus vue depuis des décennies.

Seulement voilà : pendant que les supporters dansent au rythme du ndombolo, en Europe, les téléphones chauffent et les sourires se crispent. Pour plusieurs héros de la sélection, le retour en club s’apparente déjà à un parcours du combattant. Et à ce jeu-là, certains risquent de perdre très gros, à commencer par leur précieux statut de titulaire.

Le cas Pickel : l’étincelle barcelonaise

Prenez Charles Pickel. Le milieu de terrain, infatigable travailleur de l’ombre chez les Léopards, n’est toujours pas réapparu aux entraînements du RCD Espanyol de Barcelone après la victoire face à la Jamaïque. Une absence qui passe d’autant plus mal que le club catalan lutte pour sa survie ou son positionnement dans l’élite espagnole.

Interrogé en conférence de presse, son entraîneur Manolo González n’a pas manié la langue de bois. Le technicien espagnol, réputé pour sa rigueur, a d’ores et déjà annoncé que des sanctions pourraient tomber à l’encontre de l’international congolais. Dans un football de haut niveau où la concurrence est féroce, s’offrir un « rab » de vacances non autorisé – fût-il pour célébrer une qualification – est le meilleur moyen de voir un coéquipier s’installer durablement à sa place dans le onze de départ.

Mbemba vs LOSC : l’affaire d’État

Le dossier Chancel Mbemba, lui, prend une tournure nettement plus politique. Le « Demi-Dieu » de la défense congolaise aurait été purement et simplement retenu par la FECOFA (la Fédération Congolaise) pour participer aux festivités officielles à Kinshasa. Une décision unilatérale qui a provoqué la fureur du LOSC Lille.

On connaît le tempérament de feu d’Olivier Létang. Le président lillois, protecteur farouche des intérêts de son institution, n’a pas tardé à réagir. Selon nos informations, le patron du club nordiste aurait déjà saisi la FIFA pour dénoncer ce qu’il considère comme une séquestration sportive hors des fenêtres internationales autorisées. Mbemba, déjà habitué aux bras de fer musclés par le passé, se retrouve au cœur d’un imbroglio juridique dont il se serait bien passé, alors que Lille entame la dernière ligne droite de sa saison.

La prime aux bons élèves ?

Dans ce chaos ambiant, certains ont pourtant choisi la voie de la raison. C’est le cas du jeune Ngal’ayel Mukau. Le milieu de terrain n’a pas traîné au Mexique et a déjà repris le chemin de l’entraînement avec son club. Une attitude professionnelle qui sera sans doute valorisée par son staff technique au moment de coucher les noms sur la feuille de match le week-end prochain.

La question reste entière : peut-on vraiment en vouloir à ces joueurs de vouloir communier avec leur peuple après un tel exploit ? Légalement, oui. Humainement, c’est une autre histoire. Mais le football business n’a que faire des états d’âme. Les Léopards ont rugi en sélection ; ils vont maintenant devoir montrer pattes blanches en club s’ils ne veulent pas finir la saison sur le banc de touche.

Salomon BIMANSHA

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