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RDC : face à la 17ème  épidémie d’Ebola, l’exécutif déploie l’artillerie lourde

Réunion de crise autour de Félix Tshisekedi, front gouvernemental uni, experts de renommée mondiale… À Kinshasa, un « Briefing Presse » spécial a dévoilé la stratégie de riposte face à une souche atypique et sournoise.

C’est un rituel dont la République démocratique du Congo (RDC) se serait bien passée, mais qu’elle maîtrise désormais avec une précision quasi militaire. Ce mardi 19 mai 2026, sous les projecteurs du Studio Maman Angebi de la RTNC, l’ambiance était à la gravité. Le thème du « Spécial Briefing Presse » ? « 17ᵉ épidémie d’Ebola en RDC : état de la situation et mesures de riposte ».

Pour faire face aux stylos et aux caméras, le gouvernement a sorti le grand jeu. Un véritable commando de crise composé du Dr Roger Samuel Kamba Mulamba (Santé publique), de Patrick Muyaya Katembwe (Communication et Médias, porte-parole du Gouvernement), flanqués du légendaire virologue Dr Jean-Jacques Muyembe Tamfum (DG de l’INRB) et du Dr Jean Kasseya, directeur général d’Africa CDC, actuellement en mission à Kinshasa.

La veille, une réunion de crise s’est tenue autour du chef de l’État pour acter la riposte à Mungwalu, foyer initial de l’alerte. Car le pouvoir congolais le sait : face à Ebola, la réponse ne peut pas être uniquement médicale. Elle est éminemment politique et logistique.

« Cette question est transversale parce qu’elle implique d’autres ministères au-delà de la Santé », a martelé Patrick Muyaya. « C’est pour cela que les ministres de la Défense, des Transports, de l’Intérieur et des Finances se sont associés à nous pour examiner tous les aspects de cette situation. »

Une souche sournoise et moins « spectaculaire »

Si la RDC possède une expertise mondialement reconnue — ayant dompté 15 de ses 17 épidémies sans vaccins ni traitements spécifiques, par la seule force des mesures de santé publique —, le défi actuel est inédit. Les experts pointent une anomalie de taille : cette souche avance masquée.

Contrairement à la redoutable souche Ebola Zaïre, connue pour ses manifestations immédiates et foudroyantes, le virus qui sévit actuellement joue la carte du mimétisme. Au début, le malade présente les symptômes d’une infection banale — un paludisme ou une fièvre passagère. Ce n’est que tardivement que les hémorragies apparaissent. Une ruse biologique qui retarde le diagnostic et favorise la propagation communautaire.

À ce jour, le bilan est lourd et le virus gagne du terrain :

  • Zones touchées : Quatre zones de santé en Ituri (Mungwalu, Bunia, Rwampara, Nyakunde), mais aussi Butembo et la ville stratégique de Goma, où un premier cas a été enregistré.
  • Le bilan humain : 32 cas positifs confirmés par l’INRB, 69 patients hospitalisés, mais surtout 136 décès probables et environ 543 cas suspects identifiés au sein des communautés.

« Nous menons une recherche active dans les familles pour déterminer les circonstances des décès survenus avant toute prise en charge », a confié le Dr Muyembe pour expliquer ce décalage statistique.

La course contre la montre : logistique et recherche

Sur le terrain, la riposte s’organise à flux tendu. Le mot d’ordre est clair : protéger les soignants pour éviter que les hôpitaux ne deviennent des clusters.

« Pendant même que nous parlons, 14 tonnes d’équipements sont en train d’être déchargées sur le tarmac de l’aéroport de Bunia, notamment grâce à l’UNICEF », a fait savoir le ministre de la Santé, le Dr Roger Samuel Kamba Mulamba. Parallèlement, le laboratoire de Bunia a été renforcé pour accélérer les diagnostics.

Le spectre de Bundibugyo

Derrière l’urgence logistique se cache un autre enjeu scientifique : l’identification exacte de la souche. Si l’histoire d’Ebola balance généralement entre la souche Zaïre (plus de 80 % de mortalité) et la souche Soudan, le spectre de la souche Bundibugyo plane. Découverte tardivement, cette dernière affiche une mortalité moindre (environ 40 %) mais souffre d’un vide thérapeutique critique.

« Malheureusement, nous n’avons pas encore mené suffisamment d’études sur la souche Bundibugyo dans notre pays. Nous ne disposons ni de vaccin ni de traitement curatif », a reconnu avec franchise le Dr Muyembe, tout en promettant l’arrivée prochaine de candidats vaccins et de molécules thérapeutiques.

En attendant les verdicts de la science, Kinshasa applique sa recette éprouvée : rupture des chaînes de transmission, isolement immédiat, utilisation massive de désinfectants et enterrements sécurisés. La RDC est en guerre contre le virus, et elle entend bien, une fois de plus, lui faire barrage.

Salomon BIMANSHA

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