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RDC : la « ville morte », ce poison lent qui paralyse l’économie

TRIBUNE. Si le droit à la contestation est un pilier démocratique incontestable, la méthode de la paralysie urbaine punit d’abord les plus vulnérables et sabote le développement du pays. Par Jean-François Nsambayi.

Le piège de la paralysie vertueuse

C’est une scène qui se répète avec la régularité d’un vieux rituel politique. Une opposition en panne d’inspiration, des tensions sociales latentes, et soudain, le mot d’ordre tombe : « Ville morte ». En théorie, la formule a tout de l’idéal démocratique : une résistance pacifique, une grève citoyenne pour forcer les dirigeants à écouter les colères du pays. Une manière de dire « non » sans jeter une seule pierre. Voilà pour le romantisme politique.

Mais en pratique, la réalité congolaise dissipe vite les illusions. Derrière les slogans vertueux se cache une machine à broyer l’activité économique, dont les premières victimes ne sont jamais les élites calfeutrées dans leurs bureaux climatisés, mais les millions de citoyens qui tentent simplement de survivre.

La facture exorbitante de l’inaction

Regardons les chiffres, loin des passions partisanes. La République démocratique du Congo génère aujourd’hui une richesse annuelle estimée à plus de 120 milliards de dollars. Rapporté au quotidien, cela représente plus de 330 millions de dollars d’activité par jour. Décréter une « ville morte », c’est accepter de rayer d’un trait de plume une partie non négligeable de cette dynamique.

Le chiffre clé : > Le secteur informel représente plus de 70 % des opérations économiques et environ 77 % des emplois urbains en RDC.

Pour les donneurs d’ordres politiques, une journée blanche est un simple indicateur macroéconomique ou un rapport de force. Pour le chauffeur de taxibus à Kinshasa, la vendeuse ambulante du Marché central ou le travailleur journalier, c’est une tragédie immédiate : un repas en moins pour la famille, l’impossibilité de payer le transport scolaire ou de faire face à une urgence de santé. Ces millions de Congolais vivent au jour le jour, sans matelas financier ni parachute social. Les punir au nom de leur propre libération relève d’un cynisme qui ne dit pas son nom.

Quand la contestation vire au sabotage

Le problème de ces mouvements, c’est qu’ils possèdent une fâcheuse tendance à s’auto-enflammer. Les manifestations de janvier 2025 à Kinshasa l’ont cruellement rappelé : vitrines brisées, commerces pillés, représentations diplomatiques prises pour cibles. Le droit de protestation légitime s’efface alors devant le vandalisme pur et simple.

Quel message envoie-t-on ainsi au reste du monde ? Les institutions financières et les investisseurs privés partagent tous la même obsession : la prévisibilité et la sécurité. En transformant régulièrement la capitale – un géant de près de vingt millions d’habitants – en zone à risque, on fait exploser le coût du financement et on décourage ceux qui créent les emplois de demain. C’est un cercle vicieux parfait : l’emploi des jeunes reste précaire et informel, ce qui les rend encore plus vulnérables aux crises futures.

Remplacer la paralysie par la réforme

La démocratie n’est pas un ring de boxe permanent où la victoire se mesure au degré de blocage que l’on impose à la société. L’histoire économique moderne montre que les pays qui s’en sortent ne sont pas ceux qui cultivent la confrontation stérile, mais ceux qui sanctuarisent leurs institutions et privilégient la culture du compromis.

Au moment où la RDC cherche à moderniser ses structures et à attirer les capitaux, il est temps de changer de logiciel politique. Le progrès social ne se construira jamais dans l’immobilité. La colère est légitime, mais elle doit devenir le carburant des réformes législatives, institutionnelles et du dialogue, plutôt que le prétexte d’un grand suicide économique quotidien. Le pays a cruellement besoin de mouvement, pas de villes mortes.

Jean-François Nsambayi est Administrateur Civil et Analyste en gouvernance publique et réformes institutionnelles.

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