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Dialogue national : Le plaidoyer choc de Fayulu pour Kabila et Nangaa provoque la colère et les soupçons.

La scène politique congolaise est une fois de plus sous le feu des projecteurs. Martin Fayulu Madidi, président du parti Engagement pour la Citoyenneté et le Développement (ECiDé) et figure majeure de l’opposition, vient de poser une exigence qui fait des vagues : la participation impérative de l’ancien président Joseph Kabila et de Corneille Nangaa, chef du mouvement politico-militaire Alliance Fleuve Congo (AFC), à tout dialogue national visant à résoudre la crise politique et sécuritaire en République Démocratique du Congo (RDC).

Cette prise de position choque et déconcerte une grande partie de l’opinion publique congolaise, suscitant une vague de scepticisme, de spéculations et d’indignation.

Des motivations remises en question

Au sein de la classe politique et chez les observateurs avertis, la pilule a du mal à passer. Plusieurs commentateurs s’interrogent ouvertement sur les réelles intentions du « Soldat du peuple ». Comment expliquer qu’un homme qui s’est battu pendant des années contre le régime de Joseph Kabila demande aujourd’hui son retour autour de la table des négociations ? Plus troublant encore pour beaucoup, l’inclusion de Corneille Nangaa, dont le mouvement est directement associé aux exactions et à la déstabilisation dans l’Est du pays avec le soutien du Rwanda.

Certains analystes vont jusqu’à suggérer, non sans véhémence, que cette démarche pourrait, sciemment ou non, faire le jeu de Kigali plutôt que de servir les intérêts primordiaux du peuple congolais. Pour ces critiques, inviter des acteurs perçus comme responsables des souffrances de la population revient à banaliser les violences passées et présentes.

Un manque de logique et un problème de légitimité

L’argument sécuritaire et moral est abondamment soulevé : quelle est la cohérence d’un dialogue censé apporter la paix s’il doit inclure des figures associées à la violence et aux conflits armés ?

Au-delà de la logique politique, une question de fond brûle les lèvres de nombreux observateurs : de quelle autorité Martin Fayulu se prévaut-il pour dicter la composition et le format d’un éventuel forum national ? N’étant ni à la tête de l’État ni le chef mandaté d’une coalition unie de l’opposition, sa prétention à désigner qui doit ou ne doit pas être assis à la table des négociations paraît, pour ses détracteurs, disproportionnée par rapport à sa légitimité institutionnelle actuelle.

L’ombre des « parrains » ecclésiastiques et civils

Dans les salons politiques de Kinshasa, une autre hypothèse circule avec insistance. Cette posture tranchée de Martin Fayulu serait-elle le fruit de pressions ou d’orientations venues de ses soutiens traditionnels ? Les regards se tournent inévitablement vers la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) et les structures de la société civile protestante et catholique comme la Commission Justice et Paix (CJSC).

Historiquement influentes dans les processus de médiation et de dialogue en RDC, ces organisations cléricales prônent souvent un dialogue le plus inclusif possible. Pour une partie de l’opinion, Fayulu ne ferait que porter la voix et l’agenda de ces « parrains » religieux, au risque de se couper davantage des aspirations immédiates de la population qui réclame justice et fermeté face aux agresseurs.

Alors que la situation sécuritaire dans l’Est reste critique, cette nouvelle sortie de Martin Fayulu ne manque pas d’alimenter la méfiance et de diviser encore un peu plus une opposition déjà morcelée. Une chose est sûre : le débat sur le dialogue national est loin d’avoir trouvé son consensus.

Salomon Bimansha

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