Les masques viennent de tomber dans l’est de la République démocratique du Congo. Alors qu’il avait jusqu’ici évité de s’afficher officiellement au sommet de l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) une réserve qui semblait donner raison aux récentes accusations du président Félix Tshisekedi , Joseph Kabila franchit le Rubicon. L’ancien chef de l’État prend ouvertement la tête d’une nouvelle plateforme politico-militaire unifiée.
Derrière ce mouvement de jeu d’échecs, une stratégie claire : contrecarrer les tentatives du pouvoir central de l’écarter de la table des négociations et peser de tout son poids sur le futur dialogue politique.
Une alliance paradoxale et spectaculaire
Le symbole est saisissant. Joseph Kabila se retrouve aujourd’hui dans la même structure que Sultani Makenga, le chef militaire du M23 qu’il avait pourtant combattu et soumis par les armes à la fin de son second mandat constitutionnel, en 2013. Ce revirement spectaculaire scelle un pragmatisme politique poussé à son paroxysme et redistribue les cartes de la crise dans les Grands Lacs.
En officialisant ce rassemblement sous la bannière d’une nouvelle structure, l’ex-président entend :
- Débloquer son statut politique en évitant le label direct du M23 tout en absorbant ses forces militaires.
- S’imposer comme interlocuteur inévitable face à Kinshasa et aux médiateurs internationaux pour toute issue diplomatique.
- Fédérer les factions dissidentes sous un commandement politique de premier plan.
Des jours décisifs pour la région
L’entrée en scène formelle du raïs à la tête d’un mouvement armé plonge la diplomatie régionale dans une zone d’incertitude maximale. À Kinshasa comme dans les chancelleries étrangères, ce coup de force résonne comme un défi direct au régime en place.
Les prochains jours seront déterminants pour mesurer la réaction du gouvernement et déterminer si ce nouveau rapport de force contraindra les acteurs du conflit à réviser leurs positions autour de la table des tractations.
Théophile Tuakabiangana











