La pĂ©nalisation d’une « faute de communication » : l’adjudant Sarah Ebabi, dont le mariage est imminent, est poursuivie pour avoir partagĂ© des photos en uniforme sur les rĂ©seaux sociaux. Un zèle judiciaire qui interroge sur la modernitĂ© des institutions militaires.

KINSHASA – L’affaire de l’adjudant Sarah Ebabi prend une tournure d’autant plus singulière qu’elle semble opposer deux mondes : celui, rigide et secret, de l’institution militaire et celui, ouvert et spontanĂ©, des rĂ©seaux sociaux. Si le chef d’accusation initial de « violation de consigne » pouvait paraĂ®tre grave (voir notre prĂ©cĂ©dent article), le fond de l’histoire, selon des sources proches du dossier, concerne la diffusion d’images d’elle-mĂŞme en uniforme annonçant son mariage.
👰‍♀️ L’uniforme, symbole ou entrave ?
L’histoire est simple. Ă€ l’approche de ses noces, l’adjudant Ebabi, manifestement heureuse, a partagĂ© des clichĂ©s et des clips vidĂ©o la montrant, vĂŞtue de sa tenue de service, aux cĂ´tĂ©s de son futur Ă©poux. Un geste anodin pour des millions d’utilisateurs d’Instagram ou de TikTok, mais une « faute disciplinaire » pour sa hiĂ©rarchie.
L’armĂ©e, par nature, est une institution oĂą l’image et l’obĂ©issance sont centrales. L’uniforme n’est pas un dĂ©guisement ; il est le symbole de l’État et doit ĂŞtre portĂ© avec une stricte dĂ©ontologie.
- Le reproche : L’accusation pointe une violation du devoir de rĂ©serve et une utilisation « non conforme » de l’uniforme. Le Code de discipline militaire est clair : toute communication publique engage l’institution et doit ĂŞtre prĂ©alablement autorisĂ©e.
- L’exception : Dans ce cas, cependant, l’enjeu n’est pas la fuite d’information confidentielle ou une dĂ©claration politique. Il s’agit d’une cĂ©lĂ©bration de la vie personnelle.
🌟 Un atout gâchĂ© pour l’image de marque
Ce qui frappe dans cette affaire, c’est le contraste entre la rĂ©action judiciaire et ce qui est perçu comme une opportunitĂ© de communication manquĂ©e.
Ă€ une Ă©poque oĂą les armĂ©es du monde entier peinent Ă recruter et cherchent Ă moderniser leur image, l’adjudant Ebabi offrait un portrait rare et prĂ©cieux : celui d’une femme militaire Ă©panouie, conciliant service Ă la nation et bonheur personnel.
Mê Bia Buetusiwa Hervé Michel : « Une femme militaire heureuse de prendre des photos et de faire des vidéos en uniforme pour annoncer son mariage, c’est magnifique pour l’image de l’armée. Être poursuivi pour ça, c’est inouï ! »

Cette dĂ©marche aurait pu servir Ă humaniser les Forces ArmĂ©es, Ă montrer que derrière le treillis se cachent des individus avec des vies normales. Au lieu de cela, la rigiditĂ© de la procĂ©dure renvoie l’image d’une institution arriĂ©rĂ©e, qui sanctionne le bonheur et la transparence.
🏛️ L’enjeu du verdict
Le procès, qui rĂ©clame une peine de dix ans, apparaĂ®t donc comme un signal d’avertissement Ă l’ensemble du corps militaire sur l’utilisation des rĂ©seaux sociaux. Mais il pose aussi une question fondamentale : l’armĂ©e doit-elle s’adapter Ă l’ère numĂ©rique et dĂ©finir de nouvelles limites, ou camper sur une interprĂ©tation ultra-stricte de ses règlements d’un autre temps ?
Le verdict de la Haute Cour, attendu sous peu, sera donc scrutĂ© non seulement par les juristes militaires, mais par tous ceux qui s’interrogent sur la capacitĂ© des institutions Ă©tatiques Ă Ă©voluer avec leur temps.
Salomon BIMANSHA
