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« RDC : André Mbata contre Peter Kazadi, le duel des ego qui secoue l’Union sacrée »

DÉCRYPTAGE. Derrière la joute épistolaire musclée entre André Mbata et Peter Kazadi se joue une bataille de légitimité féroce au sein de la famille présidentielle, l’Union sacrée. Entre complexes universitaires et froideur institutionnelle.

C’est un spectacle que le microcosme politique kinois affectionne autant qu’il le redoute. Un affrontement de hautes statures, où les arguments juridiques se mêlent aux piques personnelles les plus acérées. D’un côté, André Mbata Mangu, constitutionnaliste de renom, Secrétaire Permanent de l’Union Sacrée de la Nation (USN) et « Professeur Extraordinaire ». De l’autre, Peter Kazadi, ancien pilier du gouvernement, figure historique de l’UDPS et chercheur en quête de nouveaux galons académiques.

Le « Professeur Extraordinaire » contre l’Étudiant

Tout commence par une mise au point qui sent la poudre. Pour André Mbata, la précision est une question d’honneur : il n’est pas « professeur visiteur » en Afrique du Sud, mais « Professeur Extraordinaire ». La nuance, essentielle aux yeux de l’intéressé, sert de tremplin à une charge d’une condescendance rare. Dans sa réponse à Peter Kazadi, l’ancien premier vice-président de l’Assemblée nationale ne prend pas de gants : le débat scientifique n’aura pas lieu, car l’adversaire n’aurait pas le « niveau ».

« Scientifiquement vous n’avez pas mon niveau », assène-t-il, renvoyant l’ancien ministre de l’Intérieur à ses bancs d’université. Pour Mbata, la hiérarchie est claire : le maître parle, l’étudiant écoute. Une posture qui, sous la plume de Peter Kazadi, devient le symptôme d’un « complexe » et d’une conception « élitiste et fermée » du savoir.

L’UDPS, le point de rupture

Mais derrière les querelles de titres, c’est le contrôle de l’appareil politique qui cristallise les tensions. Peter Kazadi, l’homme au « sang bleu » de l’UDPS, pointe une anomalie : comment un cadre du parti présidentiel peut-il affirmer, comme le fait Mbata, qu’il n’a « aucun compte à rendre » à sa base ?

Pour Kazadi, c’est la preuve d’un manque d’ADN partisan, un reproche à peine voilé sur l’inconstance supposée du parcours de Mbata. « Vous n’avez pas l’ADN UDPS », rétorque-t-il, dénonçant une gestion de l’Union Sacrée qui contournerait les structures du parti au profit d’une loyauté exclusive à la « Haute Autorité Politique ».

Le syndrome de la préséance

L’échange culmine sur le terrain de l’ego institutionnel. Mbata rappelle sa préséance passée en tant que numéro deux de la Chambre basse, une fonction qu’il juge supérieure à tout ce que Kazadi a occupé. La réponse de ce dernier est cinglante : l’autorité ne se décrète pas par le passé, elle se prouve dans la cohérence du présent.

Au-delà de cette querelle d’ego, ce duel révèle une fracture profonde au sein de la majorité. D’une part, une technocratie académique qui se veut seul interprète de la volonté du chef ; d’autre part, une base politique qui refuse d’être mise sous tutelle au nom de diplômes ou de rangs protocolaires.

Alors que les enjeux électoraux et les réformes institutionnelles s’accumulent, cette guerre des « Éminences » pose une question fondamentale : le débat politique en RDC peut-il s’affranchir du mépris pour retrouver le chemin de la raison ? Pour l’heure, les deux hommes semblent avoir choisi leur camp : celui d’une haine cordiale, où la toge sert de bouclier et la politique de champ de bataille.

« Ce duel entre deux piliers de la majorité présidentielle révèle-t-il une crise de leadership profonde au sein de l’Union Sacrée ? Ces tensions peuvent-elles fragiliser l’action du Chef de l’État ? »

Salomon BIMANSHA

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