
C’est un colosse de métal pour un géant d’ébène. À Kinshasa, la silhouette de Pierre Ndaye Mulamba veille désormais sur le temple du football congolais. Un hommage tardif, mais nécessaire, à celui qui fit trembler l’Afrique entière sous le maillot des Léopards.
Le sacre d’une légende
Il y a des records qui s’effritent avec le temps et d’autres qui semblent sculptés dans le diamant. Celui de Pierre Ndaye Mulamba appartient à la seconde catégorie. En érigeant une statue à son effigie sur l’esplanade du Stade des Martyrs, les autorités congolaises ne font pas seulement acte de mémoire ; elles pansent une plaie. Celle d’une idole qui, malgré ses exploits, a parfois tutoyé l’oubli et la précarité avant sa disparition en 2019.
Désormais, le visiteur ne pourra plus ignorer ce regard d’attaquant, ce buste conquérant qui rappelle que la République Démocratique du Congo (alors Zaïre) fut, un jour de 1974, sur le toit du continent.
L’homme des 9 buts
Pour comprendre l’aura de « Mutumbula » (l’assassin, en référence à son instinct de tueur devant le but), il faut remonter à la CAN 1974 en Égypte. Dans un tournoi où les espaces se gagnaient au physique, Mulamba a fait parler la poudre : 9 buts en une seule édition. > Un record absolu, jamais égalé en cinquante ans d’histoire de la Coupe d’Afrique des Nations, malgré le passage des Eto’o, Drogba ou Salah.
Cette année-là, il ne s’est pas contenté de martyriser les gardiens adverses. Il a porté les Léopards vers leur second sacre continental et a ouvert la voie à la première participation d’une nation d’Afrique subsaharienne à une phase finale de Coupe du Monde.
Un symbole pour la jeunesse
Au-delà de la performance athlétique, cette statue au Stade des Martyrs porte une charge politique et sociale forte. Dans un pays où le football est une religion, honorer Mulamba, c’est envoyer un signal à la nouvelle génération de Léopards : le talent n’est rien sans l’entrée dans l’histoire.
Alors que le football congolais cherche à retrouver son lustre d’antan sur la scène internationale, l’ombre tutélaire de Ndaye Mulamba servira de boussole. Le « monument » n’est plus seulement statistique, il est désormais de chair… de bronze et de fierté.
Salomon BIMANSHA
