C’est un texte qui pourrait bien changer le visage de l’Afrique centrale. À Kinshasa, la mégapole étouffante de plus de 15 millions d’âmes, le gouvernement vient de poser la première pierre juridique d’une extension monumentale. L’arrêté ministériel n° 116, signé le 20 avril 2026 par la Ministre des Affaires Foncières, O’Neige N’Sele Mimpa, déclare d’« utilité publique » un périmètre colossal situé dans la commune de Maluku.

L’objectif affiché est clair : « aérer, décongestionner et dédensifier » une capitale au bord de l’asphyxie. Mais au-delà des mots, c’est une véritable ville nouvelle qui sort de terre.
Un découpage chirurgical en sept zones
Loin d’une urbanisation sauvage, le projet se veut structuré. Le document officiel révèle un plan de zonage ambitieux qui ne laisse rien au hasard :
- L’industrie en fer de lance : Deux zones industrielles massives (plus de 9 500 hectares cumulés) pour ancrer l’économie.
- Le poumon vert : Une « trame verte » de 2 822 hectares, promesse d’une ville qui respire enfin.
- L’aménagement urbain : La part du lion avec 18 684 hectares dédiés à l’habitat et aux infrastructures.
- Logistique et Marina : Une zone logistique, une zone agricole de 8 322 hectares et même une marina de 2 447 hectares pour exploiter le potentiel du fleuve Congo.
51 villages dans la balance
Le décret n’est pas qu’une affaire de chiffres ; c’est une réalité humaine. Au total, 51 villages sont concernés par ce périmètre de développement. La majorité (50 villages) appartient au groupement Nguma, incluant des localités comme Menkao, Bombala ou encore Inga.
Le 51ème village, Bita, situé dans le groupement de Kingakati, a d’ailleurs cristallisé les premières inquiétudes.
Kingakati : Le Parc de la Vallée de la N’Sele rassure
Dès l’annonce, les rumeurs ont enflé concernant l’avenir du célèbre Parc de la Vallée de la N’Sele, sanctuaire de biodiversité et fleuron touristique proche de la zone. La direction du parc a dû réagir promptement via un communiqué officiel.

« Seul le village Bita, situé à 18 km du parc, est concerné par cet arrêté. Cette situation n’a aucun impact sur le Parc de la Vallée de la N’Sele, qui demeure une réserve naturelle protégée. »
Une mise au point nécessaire pour rassurer les amoureux de la nature et les investisseurs touristiques : le parc reste ouvert au public et ses zèbres ne verront pas de sitôt des gratte-ciels pousser dans leur champ de vision.
Le défi de l’exécution
Si la vision est grandiose, le défi reste immense pour l’administration congolaise. L’arrêté charge le Secrétaire Général aux Affaires Foncières et le Conservateur des Titres Immobiliers de Maluku de l’exécution de ce plan. Entre les questions d’expropriation, d’indemnisation et de raccordement aux services de base, la route vers la « Grande Kinshasa » ne fait que commencer.
Pour Kinshasa, le compte à rebours est lancé. Reste à savoir si ce projet pharaonique parviendra à transformer le chaos urbain actuel en un modèle de développement pour le continent.
Salomon BIMANSHA









